2 nov. 2018

Mitchell avec ou sans Oiseaux

Joan Mitchell s'installe de façon permanente à Paris en 1959, l'année où commence sa liaison avec Riopelle. Son atelier de la rue Frémicourt est loin des communautés intellectuelles, peut-être pour mieux préserver l'authenticité et l'originalité de sa créativité abstraite inspirée par les couleurs de la nature.

Malgré l'illusion de spontanéité qui la rapproche de l'Action Painting, son oeuvre est le résultat d'une préparation minutieuse. Son style change quand elle arrive à Paris. Elle apporte sa solution à la grande ambition des expressionnistes abstraits d'offrir au visiteur une vision infinie sans cadre : elle rassemble l'énergie multicolore centrifuge au centre de très grandes toiles dont les bords ne sont atteints que par d'apparentes éclaboussures.

Le 13 novembre à New York, Christie's vend une huile sur toile 296 x 200 cm peinte en 1960, lot 14 B estimé $ 12M. Un Untitled 240 x 204 cm peint la même année dans le même style a été vendu pour $ 12M incluant premium par Christie's le 13 mai 2014.

Joan donnait des titres aux oeuvres qu'elle jugeait les plus évocatrices. La peinture qui vient en vente est nommée 12 Hawks at 3 O'Clock. Le titre en anglais ne peut pas être lié à la poésie surréaliste Parisienne. L'oeuvre n'a par ailleurs aucune particularité à cette position horaire d'un cadran d'horlogerie.

Dans son attention accordée à la nature, Joan incluait les oiseaux. 12 faucons et 3 heures sont certainement des allusions aux réserves pour la protection des rapaces dans lesquelles les ornithologues enregistraient les vols d'oiseaux avec ce niveau de détails.

Joan avait toujours eu une grande admiration pour le Champ de blé aux corbeaux, considéré comme l'oeuvre ultime et prémonitoire de Vincent van Gogh. Dans la phase finale de sa vie, elle peindra une composition colorée inspirée de cette oeuvre, intitulée No Birds dans un poignant effort pour forcer l'optimisme.