20 nov. 2018

Rédemption par Durga

Pendant son immersion dans la culture traditionnelle de l'Inde à Santiniketan de 1983 à 1985, Tyeb Mehta transpose les divinités épiques dans le monde contemporain. Sa réprobation de la violence devient plus puissante. Face à la dérive des notions de bien et de mal, l'Inde aurait bien besoin d'un retour de Kali et Durga.

Les émeutes raciales et sociales qui se déclenchent à Mumbai à la fin de 1992 et les attentats extrêmement meurtriers de mars 1993 lui donnent malheureusement raison. Un client lui commande une image de Durga Mahishasura Mardini, signifiant Durga tueuse du démon buffle Mahishasura.

Cet acrylique sur toile 150 x 105 cm peint en 1993 est un chef d'oeuvre de l'artiste par la relation psychologique intense entre la femme victorieuse et la bête mourante, plus forte que ses corps à corps désespérés et ses chutes sans fin. Il est estimé INR 20 crores à vendre par Sotheby's à Mumbai le 29 novembre, lot 23. Je vous invite à regarder la video partagée par la maison de ventes.

Le buffle est à terre, offrant sa gorge au coup fatal que prépare la déesse avec sa flèche. Ce n'est pas si simple. Dans la mythologie le monstre fait d'incessantes métamorphoses entre ses formes bestiale et humaine. La main humaine implorante levée sur son côté droit lui appartient. Malgré son histoire immonde il mérite aussi la pitié, comme les boeufs à l'abattoir.

Durga est reconnaissable à ses quatre bras qui symbolisent son omnipotence. Elle a gagné le combat parce qu'il fallait absolument le faire mais son expression est triste, comme si elle savait déjà que la mort du buffle ne suffira pas pour la rédemption de l'Inde moderne.

Selon son style habituel, Tyeb a exécuté un dessin au trait net entourant des aplats monochromes. Il utilise ici les couleurs du drapeau national comme Miro avait fait en Espagne contre Franco en 1938. Le monstre est vert foncé, son bras additionnel est safran et la peau nue de la déesse est presque blanche.