15 janv. 2019

De Lehoux à Pétoulet

Bugatti encourageait ses clients à entrer dans les compétitions, y compris contre l'équipe officielle d'usine. Lorsque la Type 51 est créée en 1931, elle envahit aussitôt les circuits en assez grand nombre.

Les pilotes privés cherchent à optimiser leurs voitures, avec l'aide de mécaniciens compétents mais sans possibilité d'un support de développement. Ils possèdent souvent plusieurs Bugatti entre lesquelles ils échangent les équipements. C'est effectivement tentant : la seule innovation importante de la Type 51 est le double arbre à cames. La 51 est conçue pour trois volumes, de 1,5 à 2,3 litres, faciles à interchanger selon les règlementations des courses.

Dans ces conditions, l'identification d'une voiture est établie rétroactivement autour de son châssis. Le 8 février à Paris, Artcurial vend une des toutes premières Type 51, lot 38 estimé € 4M. De 1931 à 1947 elle a été conduite par plusieurs champions privés : Marcel Lehoux, Louis Trintignant, Jules Rolland, Maurice Trintignant. Malgré un abondant historique de compétition, sa traçabilité a été reconstituée.

Sa carrosserie est photo-matching avec la 35C avec laquelle Louis Trintignant trouva la mort à Péronne en 1933. Lors de cette course la 35C avait été temporairement équipée du moteur de la 51. La boîte à cames provient d'une autre 51 possédée par Lehoux. Le moteur d'origine avait un déplacement de 2300 cc. Il a probablement été échangé en 1946 ou 1947 avec un moteur 1500 cc qui équipait une 51A. Le réservoir a été changé après 1974 : l'équipement d'origine trop déformé empêchait le nouveau propriétaire d'entrer dans le cockpit.

La 51 qui vient en vente a connu de nombreux succès parmi les 40 grands prix auxquels elle a participé. Elle est surtout en 1938 la toute première voiture utilisée en compétition par le champion Maurice Trintignant, frère de Louis.

Pendant la guerre, la voiture est cachée dans le foin. En toute logique Maurice Trintignant l'engage en septembre 1945 dans le Prix des Prisonniers au Bois de Boulogne. Maurice doit abandonner : les crottes de rats ("pétoules") avaient obstrué les tuyaux de sa voiture. Wimille lui donne aussitôt le surnom Pétoulet qui lui restera.

Le tweet ci-dessous est une photo au Grand Prix de Monaco avec Lehoux en 1932.