11 févr. 2019

L'Homme Tronçonné

René Magritte transforme tout objet en une illusion. Le mystère de la composition doit attirer et maintenir l'observateur, mais il n'y a pas d'explication. Il y a la même relation entre le monde réel et la peinture qu'entre un objet et sa publicité.

Magritte a patiemment construit son univers avec des images d'objets qui se croisent, se fusionnent, se superposent, se répètent dans un jeu sans fin. Dans la vraie vie, il se fond dans la banalité en revêtant le costume, la cravate et le chapeau melon de Monsieur Tout le monde.

L'homme et la femme ont des rôles différents. La femme est nue, de face, prête à se confondre dans un marbre antique. Contrairement à elle, l'homme au chapeau melon montre très rarement son visage, caché par le passage encombrant d'une pomme ou d'un oiseau. Il n'y a pas d'autoportraits, sauf quand ce thème a été explicitement commandé par un client, parce que l'artiste a aboli toute différence entre lui et les autres.

Le 27 février à Londres, Christie's vend au lot 108 Le lieu commun, huile sur toile 100 x 81 cm peinte en 1964. Le communiqué de presse du 5 novembre annonçait une estimation entre £ 15M et £ 25M. Je vous invite à regarder la vidéo préparée par la maison de ventes.

Dans une composition tronçonnée comme des lés disparates d'un papier peint, l'homme au chapeau melon apparaît deux fois. A gauche il est en pleine face avec son visage banal entièrement visible. A droite, limité à la nuque, l'oreille et le dos du veston, il quitte la scène.

L'homme est bien là, mais il n'est pas là. La portion droite se défile correctement entre le bord du mur et le paysage, mais le portrait gauche est au contraire tronqué par la même pièce de paysage devant un mur similaire. Si l'on ré-assemblait ces deux morceaux, la tête serait complète.

Comme Escher et ses figures impossibles, Magritte abolit la logique tridimensionnelle. Il prépare à la même époque son chef d'oeuvre de ce genre, intitulé Le blanc-seing, montrant un cheval et sa cavalière tronçonnés par la forêt.