20 févr. 2019

Renaissance après Dada

En 1924 Dada laisse la place au surréalisme. Les artistes les plus iconoclastes continuent à explorer de nouvelles voies. Avec sa série intitulée Peintures, Miro introduit en 1927 des dessins au trait dans ses peintures. L'année suivante il change de style et pastiche avec une grande liberté les intérieurs Hollandais. En 1930 il traduit l'évolution de son art en déclarant qu'il veut assassiner la peinture.

Francis Picabia a rompu avec Dada en 1921 et avec Breton en 1924. Il apparaîtra cependant à Gertrude Stein comme l'archétype de l'artiste surréaliste. Il commence en 1928 sa série des Transparences.

Choisissant dans ses livres d'art des images de statues antiques et de peintures de la Renaissance, il les copie en dessin au trait en les entremêlant. Cette approche plait à Duchamp qui y voit une création non stéréoscopique de la troisième dimension. Le titre dévoile parfois l'origine du modèle principal, par exemple Hera, ou Adam et Eve.

Le 26 février à Londres, Sotheby's vend Atrata, huile et crayon sur panneau 150 x 95 cm peinte vers 1929, lot 38 estimé £ 1,5M. La composition est centrée sur le portrait d'un homme par Botticelli. La vision est très brouillée par les images subsidiaires, sauf l'alignement presque horizontal de quatre yeux qui ont certainement excité Duchamp. Elle est décodée dans la vidéo partagée par la maison de ventes.

Mélibée, huile sur toile 195 x 130 cm peinte vers 1931, est une exception dans cette série par la relation sans ambiguïté des éléments transparents avec un thème unique, cohérent avec les difficultés personnelles de Picabia lâché successivement par sa femme et par sa maîtresse.

Dans La Célestine, Mélibée est l'amoureuse poussée au suicide par la mort de son amant tombé de l'échelle en passant le haut mur du jardin après leur activité sexuelle. Publiée en 1499 à Burgos sous forme d'un dialogue, cette oeuvre avait bien des atouts pour plaire aux surréalistes : elle n'est ni un roman, ni un poème, ni une pièce de théâtre, l'histoire est torride, et le nom de l'auteur présumé est caché dans la suite des lettres initiales des strophes du prologue.

Dans la peinture de Picabia, le visage copiant une Madone par Piero della Francesca reste très lisible et la surimpression de branches, de feuilles et d'aiguilles de pin est une référence au jardin. L'amant tout nu est recroquevillé dans un coin.

Annoncée par les galeristes Marianne et Pierre Nahon comme leur oeuvre favorite, Mélibée est estimée € 2,5M à vendre par Sotheby's à Paris le 19 mars, lot 10.

Les Transparences ne peuvent pas servir pour l'illustration d'un livre et l'origine de l'inspiration est trop difficile à transmettre au public. Mélibée apparaît comme un achèvement ultime de ce style éphémère abandonné par Picabia en 1933.