28 mars 2019

Le Vase sans Fond

L'empereur Yongle intensifie considérablement le commerce de la Chine avec le Moyen Orient. Dans le même temps Jingdezhen devient le centre principal de production de porcelaines impériales. Jingdezhen utilise essentiellement pour la décoration le bleu de cobalt importé du Moyen Orient.

Des objets sont échangés. Les potiers de Jingdezhen ajoutent à leur savoir faire la création de formes et de styles précédemment inconnus en Chine. Depuis les Song, la porcelaine est utilisée à la cour impériale pour des récipients, des plats ou des vases à fleurs. Les objets inutilisables sont d'une très grande rareté.

Les Mamelouks utilisaient des supports de plateau en laiton, construits en deux troncs de cône en opposition autour d'une cavité cylindrique. Un renflement horizontal à mi hauteur permet de mieux tenir cette pièce en mains. Le large plan de pose est identique aux deux bouts du cylindre.

Cette forme apparentée aux supports laqués pour les bols à thé est cependant trop haute et trop mince. Sa reproduction en céramique ne sert à rien parce qu'elle ne peut pas offrir la stabilité des lourdes pièces Mamelouk en métal.

Trois siècles plus tard, l'empereur Qianlong examine un support en porcelaine. La qualité d'exécution et la très fine décoration imitant les motifs et le script Arabiques indiquent que cette pièce a été produite au début de la période Ming.

Un support de 17 cm de haut presque identique à la pièce de la collection impériale est estimé HK$ 20M à vendre par Sotheby's à Hong Kong le 3 avril, lot 102. Cette pièce est supposée d'époque Yongle, quand la marque impériale était encore souvent omise. Des fragments similaires ont été retrouvés dans les strates Yongle et Xuande des décombres de Jingdezhen.

Le long poème d'inspection écrit par Qianlong est traduit dans le catalogue de Sotheby's.

Le plus érudit des empereurs s'étonne de l'inutilité de cette pièce, à tel point qu'il lui consacre un poème malgré l'absence de marque impériale. Il l'attribue raisonnablement à la période Xuande et fait inscrire ce nom sur le support en zitan qu'il fait réaliser.

Le Fils du Ciel est détenteur de la continuité des dynasties Chinoises. Il ne se permet pas d'émettre une critique à l'encontre de son prédécesseur Ming qui a laissé faire ce vase incongru qui ne tient pas l'eau. Il retrouve opportunément une fable antique dans laquelle la fuite de l'eau d'un gobelet sans fond est comparée à la perte d'une bonne parole.