8 mars 2019

Les Armées de l'Impératrice Cixi

Depuis la dynastie des Zhou qui régnait il y a 2500 ans, l'empereur de Chine doit son pouvoir à un mandat céleste. Il n'a pas droit à l'erreur : une catastrophe ou une décadence est aussitôt interprétée comme un désaveu céleste et génère des rebellions.

En 1842 la dynastie des Qing est sortie ruinée de la première guerre de l'opium, avec un asservissement aux puissances occidentales. Les grandes rebellions commencent en 1851. Ces guerres civiles sont parmi les plus meurtrières de l'histoire.

L'absence de coordination entre les rebellions Taiping et Nian est due à leurs origines très différentes. Le Taiping est d'inspiration mystique. Le Nian est politique, en réaction à l'incapacité du gouvernement impérial à empêcher la famine après la crue catastrophique du Fleuve Jaune.

L'immensité du territoire à contrôler est une des causes des durées très longues de ces rebellions, réprimées respectivement en 1864 et 1868. Les deux autres conflits majeurs sont deux rebellions musulmanes, dans des provinces différentes, respectivement terminées en 1873 et 1877.

A la cour impériale, la personnalité dominante de 1861 à 1908 est la régente Cixi, avec le titre d'impératrice douairière. La suppression des quatre rebellions est une grande victoire pour ses armées. En 1886 le père du jeune empereur Guangxu ordonne la création de peintures sur soie glorifiant les victoires impériales contre les Taiping et les Nian. Un peu plus tard un travail similaire est commandé pour commémorer les batailles musulmanes.

Cet ensemble totalisant 67 oeuvres a été exposé de 1890 à 1900 dans un pavillon  reconstruit en 1885 où  Qianlong avait eu l'habitude de célébrer ses victoires. La série complète de 12 peintures d'une des campagnes musulmanes est conservée au Musée du Palais à Beijing. Les pièces survivantes des trois autres rebellions sont rares.

La série de la rebellion Nian incluait 18 peintures. Les scènes de batailles sont d'une remarquable précision, avec des visages et des expressions différenciés pour chaque personnage. Les officiers sont désignés par leur nom et leurs visages sont paraît-il reconnaissables.

Les clans sont identifiés par leurs drapeaux, cinq bandes pour les impériaux et monochrome en cinq variantes pour les rebelles, et par la coiffure, natte et chapeau pour les soldats impériaux et turban rouge orangé pour les rebelles. L'armement, probablement fourni aux deux parties par des aventuriers occidentaux, est moderne malgré l'importance prépondérante qu'avait encore la cavalerie.

Une peinture Nian 136 x 301 cm a été vendue pour € 810K incluant premium par Tessier et Sarrou le 26 juin 2017 malgré l'absence de l'inscription identifiant la bataille et quelques accidents. Le 20 mars à New York, Sotheby's vend l'opus Nian numéro 7, 137 x 310 cm, montrant le siège d'une ville fortifiée, lot 719 estimé $ 300K.