18 avr. 2019

La Vraie Olga

Le fils de Pablo et Olga Picasso, Paulo, est né en 1921. L'artiste émerveillé peint des maternités. Deux ans plus tard les choses ont déjà changé : la mère et l'enfant font l'objet de peintures séparées. Le couple ne va pas bien. Olga est de plus en plus mélancolique et introvertie, ce qui ne convient pas au tempérament de ce quadragénaire qui transfère ses fantasmes sur ses dessins érotiques.

En 1923 Picasso cherche un style. Après les Demoiselles d'Avignon et le Cubisme, il utilisait ses dons de dessinateur pour un néo-classicisme. Les mains et les pieds des personnages sont exagérés pour exprimer la majesté monumentale des déesses antiques. Picasso admirait un seul de ses prédécesseurs, Paul Cézanne. Dans cette même période ses natures mortes lui permettent de persévérer dans un cubisme où il cache des références érotiques qui pourraient déranger Olga.

En avril 1923 il peint trois grands portraits d'Olga, deux à l'huile et un au pastel. Le coup de pinceau d'une très grande finesse est un hommage à la beauté idéalisée de l'ancienne ballerine des Ballets Russes. Les tons d'une grande douceur montrent le besoin d'empathie que Pablo a encore avec sa femme, mais son désir érotique ne se porte plus sur elle.

Le 13 mai à New York, Christie's vend La lettre (la réponse), huile sur toile 100 x 81 cm, lot 64A estimé $ 20M. La jeune femme est assise pour écrire une lettre mais elle est entrée dans sa rêverie et n'utilise pas sa plume.

Ces trois portraits sont parmi les toutes dernières peintures de la période Ingresque de Picasso. L'année suivante, il ré-interprète radicalement le cubisme en remplaçant les aplats en forme de collages par une application aux figures humaines de la dé-construction de l'espace Cézannien. En 1928 le surréalisme permet à Picasso de cesser de différencier Olga et les autres femmes. Leur difficulté de communication mène inéluctablement à la rupture.