9 avr. 2019

Le Glaive de Judith

La violence et la souffrance sont des thèmes usuels de la peinture chrétienne. Autour de 1598, quand Caravage développe le chiaroscuro, les martyres chrétiens et les scènes les plus atroces de l'Ancien Testament sont propices à une intensité dramatique sans précédent. Pour ce qui concerne les meurtres au couteau et à l'épée, il met en scène Isaac juste avant le sacrifice, et les figures décapitées d'Holopherne, Goliath et Jean-Baptiste.

Sa première version de Judith et Holopherne est une huile sur toile 145 x 195 cm peinte avant 1600. Son image, montrant les puissants soubresauts du général mourant avec l'épée profondément enfoncée dans la gorge, est très innovante.

La réalité rejoint la fiction. En 1606 Caravage tue un jeune aristocrate et s'enfuit de Rome où il est condamné par contumace à la mort par décapitation. Il peint peu après sa deuxième version de Judith et Holopherne que l'artiste-marchand Louis Finson tente de vendre en 1607.

Cette peinture était connue par une copie 140 x 160 cm attribuée à Finson, avec une technique soigneuse qui ne pouvait pas être confondue avec la touche fougueuse et spontanée du maître. En comparaison avec la première version, l'homme est presque identique mais Judith et sa vieille servante ont un role bien différent.

La première version montrait Judith écoeurée, proche du vomissement, mais qui conservera le courage de terminer son action. Dans la seconde version, elle est orgueilleuse et autoritaire, symbolisant l'application implacable de la justice. Ses habits sont devenus sombres pour mieux mettre en valeur l'expression du visage qui devient le thème principal de l'image.

La servante a changé de position pour mieux encourager Judith. Avec la laideur de son réseau de rides, elle restera intraitable jusqu'à la mort du condamné, à ce moment de la vie de l'artiste où il doit trouver une stratégie contre une décision de justice.

Un autre exemple de la seconde version a été découvert en 2014 dans un grenier à Toulouse par le commissaire-priseur Marc Labarbe. Le nettoyage de cette huile sur toile 144 x 174 cm, incluant le retrait des vernis opaques, a révélé les qualités qui manquaient à la copie par Finson. Authentifiée sous la direction du Cabinet Turquin comme étant l'original identifié en 1607, ce chef d'oeuvre sera vendu par Marc Labarbe à Toulouse le 27 juin.

La préparation de cette vente fait l'objet d'un site web dédié préparé par Labarbe et Turquin. L'image est partagée par Wikimedia.