23 avr. 2019

Un Masque pour la Réincarnation

Contre les dangers de la forêt humide, plusieurs groupes maintenaient des sociétés secrètes avec un double rôle : terroriser les malveillants et communiquer avec les ancêtres. Citons au Gabon le Ngil des Fang et au Mali l'ethnie Bambara.

Pour les Songye du Congo, cette activité est confiée aux Bifwebe. Ce mot est le pluriel de Kifwebe. L'homme Kifwebe porte un déguisement complet qui le transforme en une créature surpuissante. De son origine humaine, il garde la position debout. Il parle avec une étrange voix de fausset et pousse des rugissements de lion.

Les masques Bifwebe sont ornés d'un réseau de lignes ondulantes, qui n'imite pas le zèbre inconnu dans cette région mais plutôt une antilope. Le nez et la bouche ont des formes intimidantes qui évoquent le museau du crocodile et les épines du  porc-épic.

Des masques de femmes existent également, pour des utilisations différentes. Les Songye croient que c'est la réincarnation d'un ancêtre qui donne la vie au foetus. La femme Kifwebe porte le masque pour faciliter l'accueil de l'ancêtre dans son ventre, et aussi dans certaines applications du rite Lunaire.

Ces rares masques féminins n'ont pas la sévérité de leur contrepartie masculine. L'un d'eux, décrit avant 1930 dans la collection Walschot, est un chef d'oeuvre de l'art Africain par la vitalité des ondes du visage, d'un blanc pur de kaolin contrastant sur la peau sombre. Ce specimen a probablement inspiré directement Calder et les zèbres enlacés de Vasarely. Il sera vendu par Christie's à New York le 14 mai, lot 8.