8 mai 2019

Combat contre le Silence

En 1980 Keith Haring se fait connaître par ses graffitis dans le métro de New York. Il a une sensibilité sociale exacerbée et est ouvertement gay. Le grand format des affiches dans les lieux publics lui convient parce que chacun peut voir son message de très loin. Il a 22 ans.

La grande catastrophe sanitaire de son temps commence la même année. Une maladie contagieuse à fort taux de mortalité attaque en priorité les homosexuels et les drogués. Son nom est défini en 1982 : c'est le SIDA.

La communauté gay tente courageusement de faire face. Jusqu'à la fin 1982 le maire de New York refuse de recevoir les militants. L'art de Haring devient une illustration de l'assimilation du silence et de la mort. La recherche scientifique répond à ce drame : en 1984 le virus du SIDA est identifié.

Le 15 mai à New York, Bonhams vend au lot 9 un acrylique sur bâche de vinyle 302 x 306 cm peint par Haring en octobre 1983. Je vous invite à regarder la video partagée par la maison de ventes sur Twitter.

Comme les surréalistes, Haring met en scène d'oeuvre en oeuvre les personnages fantastiques créés par son imagination, laissant au spectateur l'identification de la signification. Ici le rôle principal est joué par une figure de Mickey Mouse qui montre ses fesses et tire la langue à un grand démon au cou pédonculé, reconnaissable à son trident. Les deux personnages ont des sexes démesurés.

Cette scène est jouée devant un fond de figures multiples incluant des danseurs et un ange minuscule apporté par deux mains. L'utilisation du noir dans les contours rend cette scène très lisible malgré l'enchevêtrement des figures. Les couleurs sont dynamiques tout en étant limitées à un rose fluorescent et un jaune effervescent.

Mickey est impertinent et exubérant, insouciant du risque de la maladie. Le démon prend une attitude choquée face à cet énergumène, comme pour déclarer que les gays doivent désormais mieux contrôler leurs activités sexuelles. L'ange est également exhibé à Mickey pour tenter de le ramener à la raison.