4 mai 2019

Emotions Pop

Avec le Pop art, la peinture est sortie des cercles intellectuels. L'émotion offerte par les expressionnistes abstraits était réservée à une élite qui acceptait de passer du temps à chercher une empathie.

La multiplication des images est devenue une caractéristique de la société de consommation. Dans le magazine, sur l'affiche, dans la rue, elle a besoin d'être à la fois simple et frappante pour atteindre son but : vendre, même si le produit à vendre est médiocre.

L'art de Roy Lichtenstein ne vise pas les élites. Il s'adresse à chacun. Quand ils voient une image, les gens aiment la rapporter à ce qu'ils connaissent déjà, jusqu'à transposer sur eux-mêmes les sentiments exprimés par le personnage.

Roy découpe dans les magazines des images de bande dessinée qu'il agrandit jusqu'à la dimension d'une oeuvre d'art. La séquence originale n'est pas disponible, aiguisant encore plus l'imagination du spectateur quant au déroulement de l'action. La jeune femme, seule ou avec un homme, est un des thèmes préférés de l'artiste.

A l'écart de toutes les modes artistiques et sourd aux critiques, Roy peut se permettre toutes les audaces. Ses premières oeuvres Pop art copient souvent un phylactère de l'image originale. La parole suivante adressée par une blonde à un peintre prend la force d'un manifeste quand elle est transposée sur grand format : "Why, Brad darling. This painting is a masterpiece! My, soon you'll have all of New York clamoring for your work!". Cette oeuvre 137 x 137 cm peinte en 1962 a été vendue pour $ 165M en transaction privée en janvier 2017.

Le 15 mai à New York, Christie's vend Kiss III, acrylique sur toile 163 x 122 cm également peinte en 1962, lot 7 B estimé $ 30M.

Kiss III montre un homme et une femme dans une embrassade amoureuse, sans phylactère. Ils ne sont pas beaux et le dessin est trop simple : l'art n'a plus besoin de l'esthétique. Les réseaux de points qui créent la couleur de la peau et d'un des vêtements rappellent l'origine tramée de cette image provenant (ou supposée provenir) d'un magazine populaire.