10 mai 2019

La Grande Scène du Monde

Pendant toute sa vie, Edward Hopper a été passionné par la littérature et le théâtre. Il a dit : "If you could say it in words, there would be no reason to paint". Pendant ses études d'art, il rencontre Jo qui a les mêmes passions. Bien plus tard il l'épousera. Le lien de leurs intérêts culturels suffira à maintenir ce couple. Les registres tenus par Jo sont la meilleure entrée possible pour comprendre l'oeuvre parfois ésotérique d'Edward.

Le 21 mai à New York, Sotheby's vend Shakespeare at Dusk, huile sur toile 64 x 44 cm peinte par Edward en 1935, lot 16 estimé $ 7M. Cette oeuvre n'est ni mystérieuse ni surréaliste, c'est une vue réaliste d'un coin de Central Park dominé par la statue de Shakespeare. Dans toute l'oeuvre de Hopper, c'est un des très rares cas où l'artiste a dévoilé une source littéraire de son inspiration.

Shakespeare a écrit : "All the world is a stage, and all the men and women are merely players". Sotheby's a judicieusement choisi cette citation pour commenter l'ultime peinture de Hopper, l'autoportrait avec sa femme Jo intitulé Two Comedians, vendu pour $ 12,5M incluant premium le 16 novembre 2018.

L'art graphique de Hopper est un décor de théâtre, illustrant la diversité de sa vie entre New York et Cape Cod. La scène est le plus souvent vide, comme dans Shakespeare at Dusk. Il n'a pas besoin d'installer des personnages. L'interprétation de son art par le thème de la solitude est un leurre et peut-être même un contre-sens : Hopper prépare le décor dans lequel une action va commencer. Ses oeuvres influenceront à juste titre de nombreux cinéastes dont Hitchcock et Wenders.

Le choix du crépuscule est assez fréquent dans l'art de Hopper. C'est le moment instable de la journée, juste avant que les lumières soient allumées dans les rues et derrière les fenêtres, juste avant qu'une nouvelle représentation théâtrale commence.