10 mai 2019

Le Chat Electrifié

La jeune artiste espagnole Remedios Varo participe aux jeux intellectuels des cercles surréalistes à Barcelone, à Paris puis à Mexico City, avec une tendance délibérément logicophobe. Elle transfère en Amérique Latine ses impressions de l'Europe médiévale avec ses châteaux hantés et ses ambiances imprégnées d'occultisme et d'alchimie.

Un des jeux surréalistes consiste à simuler des métamorphoses. L'émanation la plus connue est l'oiseau Loplop de Max Ernst. Leonora Carrington est le cheval et Remedios Varo est le chat, un animal de compagnie qu'elle aime beaucoup. Dans cette confrérie essentiellement masculine, Remedios développe un surréalisme humoristique sans précédent tout en préparant avec la complicité de Leonora des potions magiques pour ces Messieurs.

Le 22 mai à New York, Christie's vend une huile sur isorel 96 x 85 cm peinte en 1955 par Remedios Varo, lot 19 estimé $ 2M.

Cette oeuvre intitulée Simpatia ou La rabia del gato a pour thème l'assimilation empathique entre une femme et un gros chat, dans une ambiance exaltée proche d'un exorcisme. Le chat fou est posé sur la table, avec l'arrière du corps redressé comme une queue de scorpion. La femme assise gratte d'une main le dos du chat.

Les poils du chat et les cheveux de la femme sont hérissés de façon similaire. Les regards sont hypnotiques. Chacun des deux émet des faisceaux d'étincelles qui vont cogner le plafond et les murs mais leur potentiel électrique est si proche qu'aucune étincelle ne jaillit entre eux. Sur le plancher trois queues de chat dépassent sous la longue robe, comme si la métamorphose de la femme avait déjà commencé.

Après la mort subite de Remedios Varo en 1963, Breton lui rend hommage en disant qu'elle avait été "la sorcière qui est partie trop tôt".