7 mai 2019

L'Etroit Chemin de la Liberté

Robert Motherwell avait été un des pionniers de l'expressionnisme abstrait qu'il contribua à séparer du surréalisme. Influencé par la psychanalyse, il cherchera pendant toute sa carrière à donner une visibilité sur son propre univers mental.

En 1948 il illustre par un dessin à l'encre noire un poème par Harold Rosenberg intitulé Elegy to the Spanish Republic. Sur le fond blanc, de grosses masses ovoïdes sont coincées à mi-hauteur dans un réseau de colonnes verticales. L'équilibre du blanc et du noir est le rapport de forces entre la vie et la mort, ou entre l'ordre et le chaos.

La Guerre d'Espagne a été un triomphe de la mort, illustré par le Guernica de Picasso. Motherwell commence à peindre dans un style invariant une très longue série d'Elégies à la République Espagnole. Dans le même style étouffant et lugubre, il avait aussi peint en 1949 At five in the afternoon, inspiré par les écrits sur la tauromachie par Garcia Lorca et Hemingway.

Les formes biomorphiques entre les colonnes sont comme des têtes humaines compressées dans les barreaux d'une prison. L'évasion est impossible. Franco meurt en 1975. En 1978 sur une commande de la National Gallery of Art à Washington DC, Motherwell peint le gigantesque Reconciliation Elegy, 305 x 924 cm. Un espace entre deux colonnes a explosé et le bord gauche est libre, dans un nouvel espoir pour un monde libre.

L'artiste avait été dépossédé contre son gré de l'original d'At five in the afternoon. Un remake 229 x 305 cm peint en 1971 a été vendu pour $ 12,7M incluant premium par Phillips le 17 mai 2018.

Le 16 mai à New York, Sotheby's vend deux opus de l'élégie Espagnole. Le lot 35 estimé $ 9M, typique de l'espoir obstrué, est l'Elegy for the Spanish Republic No. 134, acrylique et charbon sur toile 245 x 305 cm peint en 1974. Daté 1976 mais probablement terminé en 1979, l'Elegy Study No. XIII, 61 x 122 cm, laisse passer la liberté par son bord droit. Elle est estimée $ 1,5M, lot 14.