17 juin 2019

La Montre aux Trois Vertus

Mort à Paris en 1644, Jean Toutin avait inventé un procédé de peinture à l'émail coloré sur une couche d'émail blanc. La mise en oeuvre était laborieuse mais elle intéressait les miniaturistes par la réalisation directe du dessin, contrairement au traditionnel champlevé basé sur un retrait de matière. Cette cuisson avait aussi l'avantage de ne pas créer de fissure.

Toutin appliqua son procédé à des boîtiers de montres qui furent appréciés à la cour de Louis XIII mais aussi en Angleterre. Aucune pièce créée par Jean Toutin n'a subsisté mais sa technique a un peu essaimé et est connue sous le nom d'émaux de Blois.

Six montres de poche ont survécu avec une décoration bleu turquoise en style de Blois réalisée vers 1650. Une certaine similitude peut laisser supposer que ce camaïeu a été réalisé par un seul artiste mais les cadrans sont signés par six horlogers différents, trois à Londres, deux à Paris et un à Bordeaux.

La montre signée par un dénommé Jehan Cremsdorff à Paris utilise plusieurs techniques d'émail. L'extérieur de son boîtier est décoré en émail sur or repoussé, avec un motif de fleurs en relief champlevé sur fond turquoise. Une des faces est cloisonnée. Les deux faces intérieures du capot et du fond et le cadran sont décorées en camaïeu bleu. Ces trois figures sont des reproductions d'allégories de Vertus éditées en gravures par Abraham Bosse vers 1636. Elle est également incrustée de diamants.

Ce spécimen Cremsdorff est une montre à échappement à verge de 6 cm de diamètre, 7,6 cm de hauteur totale en incluant le pendant. Elle a une seule aiguille ce qui est normal pour son époque : l'aiguille des minutes apparaîtra sur les montres à partir de 1687.

Elle a été vendue pour CHF 1,8M par Christie's le 13 mai 1986, un très haut prix pour une montre de poche à cette époque (pour information, 1 CHF valait entre 0,48 et 0,62 USD en 1986). Elle est estimée £ 700K à vendre par Sotheby's à Londres le 3 juillet, lot 4.