10 juin 2019

La Série du Boulevard Montmartre

Le groupe impressionniste n'a pas survécu à la sécession de Seurat et Signac en 1886. Au fil de leurs rivalités et de leurs disputes, Pissarro est le seul à avoir participé à toutes les expositions.

Durand-Ruel ne se décourage pas. Il avait soutenu le mouvement depuis la première heure et organisé leur seconde exposition dans sa galerie en 1876. Menacé par la faillite, il conserve ses toiles impressionnistes puisque personne n'en veut. Il trouve la solution en organisant des expositions permanentes ou temporaires à Londres et à New York. Les collectionneurs commencent à s'intéresser à Monet et Renoir.

Pendant l'hiver 1890-1891, le thème des Meules par Monet devient une série, sans que cela ait été voulu à l'origine par l'artiste. La grande avancée de cette nouvelle phase de l'impressionnisme est la série des Peupliers en 1891 et les trois séries des cathédrales de Rouen commencées en 1892 : Monet garde la même composition d'une oeuvre à l'autre pour exprimer les variations de la lumière.

Le nouveau succès de l'impressionnisme atteint enfin Pissarro, installé depuis 1884 à Eragny-sur-Epte où il peint inlassablement l'ambiance rurale. Contrairement à Monet, Pissarro ne fuit pas l'animation urbaine. Après une concertation avec Durand-Ruel, il conçoit des séries sur le Paris moderne.

Pour sa première série de vues de Paris, il s'installe en février 1897 au Grand Hôtel de Russie. Jusqu'au printemps, il observe par la fenêtre toute l'enfilade du boulevard Montmartre, avec son interminable double procession de calèches, les passants sur le trottoir, la réapparition des feuilles au début du printemps, les becs de gaz pour illuminer la nuit.

Pissarro a peint environ quinze huiles sur toile dans une topographie identique. Matinée de printemps, 65 x 81 cm, a été vendue pour £ 19,7M incluant premium par Sotheby's le 5 février 2014 sur une estimation basse de £ 7M. Fin de journée, 54 x 65 cm, est estimée £ 3,5M à vendre par Sotheby's à Londres le 19 juin, lot 9.