9 juin 2019

Le Copain de Martin

Dans les années 1980, Martin Kippenberger et Albert Oehlen partagent le jazz et l'art avec la même passion, l'envie de vivre intensément, l'opposition à toutes les conventions culturelles, esthétiques, politiques et sociales. Martin construit sa carrière artistique en choquant le bourgeois.

Albert est moins visible, avec des techniques moins diversifiées. Rejetant les analyses et les théories, il peint à grande vitesse, sans plan préconçu, pour se faire plaisir. Ses oeuvres sont souvent abstraites, avec parfois l'apparition d'une figuration incongrue.

Albert aime aussi l'absurde. Son taureau troué qui peut servir de construction modulaire, diptyque 188 x 377 cm peint en 1986, a été vendu pour £ 3,6M incluant premium par Christie's le 4 octobre 2018.

Le 26 juin à Londres, Sotheby's vend un autoportrait peint par Albert Oehlen en 1998, lot 15 estimé £ 4M. Sur cette huile et acrylique sur toile 200 x 144 cm, le personnage à mi-corps, torse nu, est plus grand que nature. Le regard exprime le besoin d'une communication farouche. Les mains se joignent avec les doigts démesurément écartés.

Une des spécialités de Martin avait été l'autoportrait abject ou macabre. L'autoportrait d'Albert est dans le goût des autoportraits dérisoires de son copain. La position des doigts évoque les pattes clouées des grenouilles crucifiées sculptées par Martin. Les mains sont vides pour montrer l'absence de Martin, mort l'année précédente d'un cancer du foie, à 44 ans.