4 juin 2019

Un Ciel Catalan

Joan Miro est un poète de l'art graphique. Il aurait bien voulu que ses couleurs vives suffisent à exprimer son espoir face aux difficultés sociales de l'Espagne, mais un poète ne peut pas être un guerrier. En octobre 1936, juste après le déclenchement de la guerre civile, il s'exile à Paris.

L'année suivante, son engagement politique devient visible. Dans le pavillon de la République Espagnole à l'Exposition Universelle de Paris, il peint El Segador, un ensemble de panneaux de 5,5m de hauteur totale. Le faucheur est un symbole du nationalisme Catalan. Il hurle son désespoir, non loin du cheval de Guernica.

L'Air est une huile sur toile peinte en 1938. Son petit format, 55 x 46 cm, est sans doute à corréler avec les difficultés du travail en exil, dans un studio exigu.

La composition est divisée en deux registres. La partie basse est rouge et or, les couleurs du drapeau catalan, un peu différentes du rouge et jaune de l'Espagne. Le paysage d'or est occupé par un vilain serpent rouge à l'effigie simplifiée de Franco qui approche d'une structure biomorphique pour la gober ou la spolier.

L'horizon est composé de trois volcans dont deux ont des cratères ouverts. Ils projettent dans le ciel bleu nuit d'autres émanations biomorphiques qui y flottent librement. Dans cet Air d'espoir, un visage humain sourit, à peine visible dans l'oeil d'une sorte de chimère géante.

L'Air a été discuté dans cette chronique avant d'être vendu pour $ 10,3M incluant premium par Christie's le 3 novembre 2010, lot 25. Il est estimé £ 10M à vendre par Sotheby's à Londres le 19 juin, numéro de lot à définir prochainement.