2 juil. 2019

Deux Heures et Demi sur la Lune

Le 20 juillet 1969 à 20 h 18 GMT, le LM Eagle se pose sur la Lune. 600 millions de personnes correspondant à 20 % de la population mondiale attendent devant leur téléviseur ou leur poste de radio la retransmission en direct des premiers pas de l'homme sur la Lune. C'est aussi un évènement considérable dans l'histoire de l'audio-visuel.

Armstrong descend sur le sol Lunaire à 2 h 56. Une de ses premières actions est de démarrer la caméra Westinghouse. Le premier live lunaire fonctionne parfaitement. Jusqu'à son retour dans le LM deux heures et demi plus tard, l'émission est ininterrompue.

L'audio est excellent. Les échanges sonores entre les engins spatiaux habités et la Terre ont toujours été vitaux, sans droit à l'erreur. L'image est décevante. Ces deux ours en noir et blanc qui sautillent dans leurs scaphandres sont à peine crédibles. Les superbes photos en couleurs prises par Armstrong avec un appareil Hasselblad fixé sur sa poitrine rassureront bientôt les incrédules.

Les images de télévision transmise par le LM étaient rudimentaires. Un unique canal hertzien devait transmettre en temps partagé les données de télémétrie essentielles au suivi technique de la mission et les images des astronautes. Le résultat était un balayage de 320 lignes avec une fréquence de 10 images par seconde qui était largement inférieure au seuil de la persistance rétinienne, donnant à nos deux plantigrades un effet de mouvement saccadé.

Il y a bien pire. Le protocole utilisé pour cette transmission n'était pas compatible avec les réseaux d'émission des chaînes de télévision. Le signal reçu dans un observatoire en Australie devait donc être transmis en temps réel à Houston où il était converti dans un langage de télévision professionnel.

Pour éviter la perte des images en cas d'échec de la transmission, l'observatoire Australien avait à faire plusieurs copies de sauvegarde qui ont été ensuite livrées à la NASA comme convenu.

En 2006, le Sydney Morning Herald crie au scandale : les meilleures images animées des premiers pas de l'homme sur la Lune sont perdues. La NASA confirme que les bandes ont été effacées pour être réutilisées sur d'autres missions. Après le succès d'Apollo 11, personne ne s'y était intéressé, peut-être à cause de la difficulté croissante à décoder les anciens programmes.

En juin 1973, un étudiant avait acheté aux enchères pour $ 217,77 dans une vente de déstockage de la NASA un lot de 1150 bobines avec leurs bandes video qu'il avait ensuite dispersées pour son profit. Il avait gardé trois boîtes avec une étiquette identifiant l'Apollo 11 EVA (Extra-Vehicular Activity). Alerté par les recherches désespérées de la NASA, il trouve en 2008 un laboratoire Californien capable de décoder les bandes.

L'ancien étudiant avait en sa possession parfaitement légale une copie préparée par la NASA à partir du signal d'origine. Jamais réutilisées avant 2008, les trois bandes couvrent en succession la totalité de l'EVA. L'honneur de la NASA est sauvé. Une seconde lecture est faite deux mois plus tard pour transférer ce très précieux contenu sur un disque dur dans un langage informatique compatible avec les ordinateurs modernes.

Le lot des trois bandes est estimé au-delà de $ 1M à vendre par Sotheby's à New York le 20 juillet, lot 104. Je vous invite à regarder la vidéo préparée par la maison de ventes pour annoncer ce lot.