30 sept. 2019

Dévotion avec Cimabue

La pratique chrétienne connait des transformations considérables au début du XIIIème siècle. Pour entretenir la foi des fidèles, Dominicains et Franciscains ont besoin d'images. Les figures formalistes des icônes Byzantines ne conviennent pas. Progressivement, les artistes Italiens retrouveront le naturalisme de l'art pictorial antique.

En 1272 à Rome, un acte notarié mentionne comme témoin un peintre florentin nommé "Cimabove". C'est un surnom, signifiant Tête de boeuf. Cette allusion à son opiniâtreté indique que sa maturité était déjà reconnue. Dans son oeuvre qui fut certainement importante, une seule peinture a été documentée de son vivant, en février 1302.

Deux éléments provenant d'une oeuvre de dévotion sont attribués formellement à Cimabue et datés vers 1280 par Wikipedia. Ils sont peints à la tempera à l'oeuf et fond d'or sur une épaisse planche de peuplier. L'analyse des bords a permis de positionner la Vierge à l'Enfant en haut à gauche d'un panneau et la Flagellation en bas à droite.

La Passion du Christ ne peut pas se terminer par la flagellation. Les deux éléments faisaient partie du panneau gauche d'un diptyque qui a été séparé il y a longtemps dans un but mercantile. Tous les éléments de l'hypothétique panneau de droite sont perdus. Les diptyques et polyptyques étaient une pratique courante. De petites dimensions, ils étaient pliés pour être facilement transportés d'un lieu de dévotion à un autre.

Un troisième élément vient de faire surface, sur le thème de la Moquerie du Christ. Ce morceau de bois de 25,8 x 20,3 cm portant une surface picturale de 24,6 x 19,6 cm est l'élément en bas à gauche du panneau de gauche. Les bords joignent parfaitement les deux autres éléments, y compris par les tunnels des vers de bois qui avaient été sectionnés lors de la séparation.

Cette oeuvre est un très bel exemple de composition des tout débuts de la Renaissance Italienne. Les personnages sont humains et les drapés sont souples. Le Christ est serein, contrastant avec l'émotion des autres personnages. Il est un peu plus grand et ses habits sont plus sombres. La perspective est malhabile, avec l'inversion d'un toit : à cette époque, les ingénieurs n'ont pas encore développé cette géométrie.

La foule est dense des deux côtés du Christ, avec un mouvement coordonné incontestable bien qu'à peine perceptible. Les gens de droite, qui incluent le poseur de la couronne d'épine, poussent ensemble tandis que leurs collègues sur la gauche résistent à cette pression pour maintenir le Christ.

Il n'y a aucun historique d'enchères pour une oeuvre authentique de Cimabue. La Moquerie est estimée entre € 4M et 6M à vendre le 27 octobre à Senlis par Actéon, une maison de ventes qui opère principalement à Compiègne. Je vous invite à lire l'article préparé par la plate-forme d'enchères Interencheres et la vidéo partagée par Artcento. L'image est partagée par Wikimedia.


Cimabue Christ Mocked