23 oct. 2019

La Lumière de la Corne d'Or

Passionné par la navigation à voile, Paul Signac s'imprègne de l'ambiance des ports. Au printemps 1907, pour visiter Constantinople, il fait exception à sa pratique en faisant le voyage par le train. Il craignait sans doute pour la sécurité d'un bateau privé dans ce port militaire.

Signac avait vu Venise en 1905. Pourtant c'est à Constantinople qu'il intègre les conjonctions extrêmes de lumière et de brume des chefs d'oeuvre Méditerranéens de Turner. Il concentre ses esquisses sur la Corne d'Or et ses minarets qui montent jusqu'au ciel.

De retour en France, Signac veut traduire son éblouissement. Il prend une toile au standard '50', 89 x 116 cm, qui est la plus grande dimension compatible avec l'extrême minutie de sa technique pointilliste. Après un mois d'efforts, surpris par la difficulté inhabituelle de ce travail, il détruit une première peinture et recommence à zéro.

La seconde version est satisfaisante. Signac a retrouvé le plaisir d'exprimer le grand soleil, comme à Saint-Tropez quinze ans plus tôt, mais cette fois-ci il remplace le jaune aveuglant par une subtile palette de roses et de violets. Encore mieux : il a renoncé pour cette vue à une stricte division entre les points de couleurs, acceptant des mélanges inspirés par l'art de Turner.

Cette peinture est de loin la plus achevée des neuf ou dix huiles sur toile de Constantinople peintes par Signac en 1907. En 1937, deux ans après sa mort, elle est rachetée aux enchères par sa fille et son gendre. Elle a été vendue pour £ 8,8M incluant premium par Christie's le 7 février 2012. Elle est estimée $ 14M à vendre par Sotheby's à New York le 12 novembre, lot 21.