27 nov. 2019

En attendant le Maharadjah

L'Exposition des Arts décoratifs à Paris en 1925 ouvre de nouvelles voies pour le luxe. Les créateurs attribuent de nouvelles formes aux meubles traditionnels, cherchent dans le monde entier les plus splendides matériaux et rêvent de se confronter aux richesses légendaires de l'Inde.

L'année suivante, l'un des plus riches souverains Hindous, le Maharadjah d'Indore, démissionne après un scandale de moeurs. Son fils et successeur, âgé de 18 ans, est assisté d'un conseil de régence. En attendant d'exercer ses responsabilités, il parcourt l'Europe. Il s'appelle Son Altesse le Maharajadhiraj Raj Rajeshwar Sawai Shri Yeshwantrao II Holkar XIV Bahadur.

Le jeune homme est passionné par le modernisme et veut meubler une résidence d'avant-garde dont il confie la conception à Eckart Muthesius. Tous les créateurs Parisiens espèrent sa clientèle.

Au Salon des Artistes Décorateurs en 1929, Ruhlmann expose un important ensemble de mobilier sous le titre de Studio-Chambre du Prince Héritier d'un Vice-Roi des Indes, qui ne laisse aucun doute sur l'identité du client visé. Ses innovations sont l'utilisation de laque noire et de bronze chromé, et le remplacement des pieds de plusieurs meubles par des planches à extrémité courbée figurant une paire de skis.

Le Maharadjah visite l'exposition mais ses conseillers, Roché et Muthesius, ne se précipitent pas. Parmi le mobilier Ruhlmann de ce Salon, il commande seulement un exemplaire du bureau et de son fauteuil ainsi que des casiers bibliothèque. Ce désaveu partiel fait le bonheur du président des Artistes Décorateurs, le premier ministre André Tardieu, qui achète plusieurs pièces originales. Le Bureau Tardieu accompagné de son fauteuil a été vendu pour € 2,3M incluant premium par Christie's le 29 mars 2011.

Ces meubles ont fait l'objet de conceptions ingénieuses en termes de fonctionnalité. La chaise longue aux skis offre quatre inclinaisons possibles du dossier et un chauffage électrique du repose-pieds. La chaise de la chambre du Salon est le seul exemplaire complet de ce modèle qui est ainsi une des productions les plus rares de Ruhlmann. Le seul autre exemplaire connu, incomplet, n'est pas localisé.

Ruhlmann était bien informé : le jeune prince avait besoin d'une chaise longue. Il a choisi le modèle de Charlotte Perriand.

La chaise longue aux skis de Ruhlmann a été vendue pour € 2,86M incluant premium par Christie's en 2011 dans la même vente que le bureau Tardieu. Son interdiction de sortie du territoire français a été levée en 2013. Elle sera vendue par Sotheby's à New York le 11 décembre, lot 26. D'abord indiquée à $ 2M dans l'article publié par la maison de ventes le 26 septembre, l'estimation basse est annoncée à $ 1,5M au catalogue.