6 nov. 2019

Le Paysage Mental de Joan Mitchell

New York City ne convenait pas à la créativité de Jackson Pollock. Il en est de même pour Joan Mitchell à Paris, où elle a installé son atelier en 1959. Pourtant elle y développe un style original basé sur l'explosion centrifuge des couleurs vives sur un fond blanc, qui assure sa gloire.

Elle réagit en 1964. Son art est trop violent. En exploitant ses propres colères, elle oublie son thème principal qui est l'expression des couleurs de la nature. Le titre, parfois topographique, guide à peine le spectateur pour comprendre ce qu'elle a voulu faire.

Elle trouve la solution en 1968 en s'installant à Vétheuil, ce village tout au fond d'une boucle de la Seine où Monet avait vécu avant Giverny. Son atelier dans un ancien bâtiment de ferme permet d'augmenter la largeur des toiles tout en maintenant la très grande hauteur qui avait été sa spécialité à Paris.

Son style change totalement. La surface est totalement remplie. Le sol sans fin est composé de blocs comme s'il était vu d'avion, avec les couleurs chatoyantes qui expriment les différentes cultures. Elle ne veut pas montrer un paysage mais exprimer son sentiment. Paradoxalement, elle retrouve à Vétheuil le souvenir des immenses champs de maïs de son enfance entre le Saskatchewan et les Grands Lacs.

Blueberry, huile sur toile 200 x 150 cm peinte en 1969, annonce déjà cette transition. Elle a été vendue pour $ 16,6M incluant premium par Christie's le 17 mai 2018 sur une estimation basse de $ 5M.

Plowed Field, peint en 1971, est un aboutissement de cette phase de quiétude méditative, avec une grande diversité de couleurs chaudes dans les blocs qui simulent les champs imaginaires. Ce triptyque d'huiles sur toile de dimension totale 285 x 540 cm est estimé $ 12M à vendre par Christie's à New York le 13 novembre, lot 25 B.