1 nov. 2019

Un Pape à Tanger

Depuis 1952 Francis Bacon est amoureux fou de Peter Lacy. L'Europe n'est pas favorable à l'homosexualité et Peter s'établit à Tanger. A partir de 1956 Francis lui rend de fréquentes visites. Il travaille beaucoup malgré la violence sadique de son amant. Désabusé par ces conditions de plus en plus invivables et par le manque d'intérêt de Peter pour son art, Francis rompt en 1959 et détruit presque toutes ses peintures Marocaines.

Pendant toute cette décennie, ses deux thèmes majeurs sont le portrait de l'homme ordinaire et les réinterprétations du pape de Velazquez. Les deux séries se rejoignent, évidemment, nourries de l'horreur Freudienne de l'autorité abusive du père, sur la grande question de la signification de la vie dans un monde hostile.

Les papes de la période Marocaine ressemblent peu à Innocent X et ont perdu le cri du Potemkine. Le trône ne cache plus qu'il n'est rien d'autre qu'une cage filiforme. La bouche est ouverte sur une dentition acérée prête à mordre. Les joues sont émaciées. Le regard est de plus en plus divergent. Ces oeuvres sont réalisées dans un épais impasto qui révèle la violence du geste de l'artiste.

Une huile sur toile 190 x 148 cm peinte pendant la période de Tanger a été vendue pour € 4,6M incluant premium par Sotheby's le 26 mai 2008.

Le 14 novembre à New York, Sotheby's vend une composition très similaire, lot 23 estimé $ 6M, au bénéfice de la collection du Brooklyn Museum. Je vous invite à regarder la vidéo partagée par Sotheby's.

Cette huile sur toile 196 x 142 cm peinte probablement en 1958 est un des très rares exemples dont la réalisation Marocaine est incontestable. En démantelant son atelier de Tanger, Francis l'a donnée avec quatre autre oeuvres à un ami en l'invitant à récupérer les toiles pour son propre usage. L'ami a préféré conserver les peintures.