13 déc. 2019

La Baraka

Elève de Bouguereau, Etienne Dinet découvre l'oasis de Bou Saada en 1885 à l'occasion d'une expédition entomologique. Il consacrera toute sa carrière à la vie rurale et aux croyances dans le sud de l'Algérie, aux limites du Sahara.

Erudit, illustrateur des anciens contes, il s'installe définitivement à Bou Saada en 1905 tout en conservant un atelier à Paris. Il annonce rétroactivement en 1908 à ses amis Européens qu'il est converti à l'Islam et choisit en 1913 son patronyme musulman, Nasr ed-Din. Il pratique cependant la représentation figurative interdite par l'Islam, incluant les jeunes filles nues dans la pureté de l'oued.

Le 30 décembre à Marrakech, Artcurial vend Le Fils d'un Saint M'rabeth, huile sur toile 72 x 80 cm peinte en 1900, lot 50 estimé 8,8M dirhams valant € 800K. L'image est partagée par Wikimedia.

La scène située sur la grande place d'une ville, peut-être Biskra, montre un tumulte de foi collective. Un jeune garçon est porté sur les épaules d'un homme, sans doute pour atteindre un sanctuaire. La composition est dominée par la tête du garçon au milieu de la foule, comme le Christ au-dessus des autres personnages dans l'iconographie chrétienne.

Le garçon a le pouvoir de transmettre la baraka, la bénédiction divine, et il le sait. La foule extrêmement dense l'entoure avec des attitudes variées de passion dévote. Au milieu de l'enthousiasme qu'il génère, il est fier et un peu inquiet. Son porteur parvient avec une énergie farouche à écarter les fidèles.

Dans un livre publié en 1928, l'artiste a exprimé la passion émanant de cette scène : "Qu'il est beau, cet Aiglon, il est la clef de nos coeurs !"

Le fils d'un Saint M'rabeth by Etienne Dinet