20 déc. 2019

La Peau de l'Ours de Preston Tucker

Preston Tucker est exubérant, mégalomane et enthousiaste. Dans les années 1930 il est associé et proche ami de Harry Miller, constructeur de voitures de compétition innovantes pour l'Indianapolis 500. Ses travaux militaires incluent une voiture de combat, refusée par l'armée américaine parce qu'elle est trop rapide.

Les idées d'innovation ne manquent pas, parce qu'elles n'intéressent pas les grands constructeurs préoccupés par la rentabilité. La guerre est finie. Miller est mort en 1943. Tucker publie en décembre 1946 sa conception de la Voiture de Demain, nommée provisoirement Tucker Torpedo.

L'enthousiasme encourage le bluff. Avant même que le projet soit démarré, Tucker vend sa société par actions pour $ 20M à la bourse de Chicago. Il loue le plus vaste hangar de production du monde, le Chicago Dodge Plant, désaffecté par la cessation de production des avions de guerre. Il achète une société de production de moteurs d'hélicoptères. Il vend 2 000 concessions de revente en annonçant un objectif de production de 300 voitures par jour et embauche 1 900 employés.

La voiture de ses rêves inclut des améliorations réelles pour tous les constituants majeurs. La présentation du premier prototype en juin 1947 est cependant un fiasco technique : il est évident que le développement n'est pas terminé.

Tucker mise sur un modèle unique, la 48, ainsi désignée par référence à son année de production. Elle est réellement différente des autres voitures de son temps. C'est une berline dont la forme aérodynamique reste compatible avec un agencement intérieur spacieux. Le phare cyclope central qui s'allume dans les virages n'aura pas d'imitateur mais le pare-brise de sécurité qui n'explose pas sous un impact, la ceinture de sécurité et l'anti-vol sont des progrès durables. Promis en 1946, le volant en position centrale et les portières qui s'enfoncent dans le toit n'ont pas été retenus.

Le US Securities and Exchange Commission a des doutes sur la réelle volonté de la production de masse qui avait permis l'émission des actions. L'usine est fermée par décision de justice en mars 1949. 58 châssis seulement avaient été produits, numéros 1001 à 1058, et 36 voitures avaient été terminées. Tucker fait assembler 14 exemplaires supplémentaires. Il sera acquitté en janvier 1950 mais sa société est morte. 23 voitures étaient encore en stock lors de la liquidation en octobre 1950.

Preston Tucker avait vendu la peau de l'ours avant de l'avoir tué. Les cinquante Tucker 48 démontrent cependant la viabilité de ses visions. Des progrès restaient à faire, notamment pour la maintenabilité, mais presque toutes ont survécu. Parmi les quatre voitures détruites ou démantelées, citons la 1042 détruite par un créancier furieux.

La 1034 est restée dans un très bon état d'origine sans avoir été restaurée. Elle a même conservé son cuir et ses tapis. Elle a été repeinte dans sa rare couleur Waltz Blue Metallic d'origine. Avec 5 200 miles au compteur, elle a été vendue pour $ 1,32M incluant premium par Gooding le 9 mars 2012. Je l'avais discutée dans cette chronique avant la vente.

Son nouveau propriétaire l'a utilisée. Avec maintenant 6 300 miles cumulés, elle est estimée $ 1,75M à vendre par Gooding à Scottsdale le 18 janvier, lot 121. Voici le lien vers le communiqué de presse. Je vous invite à regarder la vidéo partagée par la maison de ventes.