5 déc. 2019

Les Yeux de la Négresse

A Londres et à Genève au début des années 1780, d'habiles mécaniciens créent des objets qui sont à la fois des automates, des horloges et des boîtes à musique. La fantaisie des thèmes répond à la mode du temps.

En 1784 à Paris, le baron de Ville d'Avray achète la charge d'Intendant du Garde-Meuble de la Couronne. Dans la boutique de l'horloger Furet rue Saint-Honoré, une tête noire coiffée d'un turban de princesse Nubienne amuse le public. Ville d'Avray achète cette pièce pour 4000 livres.

Ce buste en bronze dissimule une ingénieuse pendule, et son socle renferme un orgue mécanique. L'ensemble mesure 72 cm de haut. La femme porte une paire de pendants d'oreilles. L'un d'eux déclenche l'apparition du chiffre des minutes à la place de l'iris de l'oeil droit et du chiffre des heures à l'oeil gauche. L'autre pendant déclenche la musique.

Ville d'Avray attend une bonne opportunité pour placer cette pendule. Elle s'encrasse très vite par la coagulation des huiles, et il la fait réviser à deux reprises. Il intervient aussi pour diversifier la musique. La pendule est enfin offerte à la famille royale parmi les cadeaux d'étrennes du 1er janvier 1792. La reine Marie-Antoinette décide de ne pas laisser cette pièce fragile dans les mains du Dauphin.

La Négresse n'était pas une pièce unique. L'exemplaire royal a été authentifié en 1956 à l'occasion d'une exposition à l'Orangerie par Pierre Verlet, conservateur en chef des Objets d'art du Musée du Louvre. Elle porte deux plaques au nom de Furet et Godon, qui étaient associés de 1784 jusqu'à la faillite de Furet en 1786.

Appartenant depuis 1937 à la collection des comtes de Ribes, la "Négresse de Marie-Antoinette" est estimée € 1M à vendre par Sotheby's à Paris le 11 décembre, lot 10.

Daté 1817 par un ancien fournisseur de Godon, probablement après une réparation, un exemplaire incomplet du même modèle a été vendu pour € 810K incluant premium par Delorme Collin du Bocage le 23 novembre 2007. Trois autres exemples sont connus.