19 janv. 2020

Danse Macabre à Berlin

Né à Berlin, George Grosz a 21 ans en 1914. Ecoeuré par les atrocités de la guerre, il est réformé deux fois de l'armée allemande. Il échappe ainsi en 1917 à une probable exécution parce qu'il est considéré comme aliéné.

La société civile le dégoûte tout autant. Pendant que les cadavres pourrissent sur les barbelés, les survivants s'adonnent à tous les vices dans Friedrichstrasse. Les prostituées règnent sur cette décadence de plus en plus misérable. La guerre sera perdue mais personne n'y fait attention.

Grosz proteste par une caricature prolétaire, violemment antimilitariste et anti-bourgeoise. Il tentera sans succès de s'approcher des mouvements révolutionnaires et dadaïstes et son art sera censuré par tous les régimes. Pour les Nazis, il sera le pire Bolcheviste culturel. Beaucoup de ses oeuvres ont été détruites.

Le 5 février à Londres, Christie's vend Gefährliche Strasse (la rue dangereuse), huile sur toile 47 x 65 cm peinte en juillet 1918, lot 6 estimé £ 4,5M.

L'image juxtapose deux scènes cauchemardesques qui symbolisent le sexe et la mort. Une prostituée hilare, nue sous ses vêtements transparents, excite une foule lubrique. Au premier plan, un austère soldat aux joues émaciées tourne résolument le dos au reste de l'histoire. Les hurlements de Grosz sont dignes des désastres de Goya.

L'action est montrée dans une ambiance nocturne aux couleurs sombres, avec une fragmentation futuriste dans le style de Boccioni. En bas à droite, la silhouette d'une tête exprimant la répulsion ou la colère est considérée comme un auto-portrait de l'artiste.