24 janv. 2020

La Vénus IKB

Dans sa recherche d'un art universel, Yves Klein cherche à exprimer la vie.  En 1958, dans une expérience qui n'a pas de suite immédiate, un modèle prend un bain de peinture bleue IKB avant d'apporter son empreinte sur une toile posée sur le sol.

L'année suivante Klein regarde Arman qui lance sur une surface blanche des objets préalablement encrés. Yves Klein imagine à nouveau de remplacer ces objets par des femmes nues. Le processus testé en 1958 n'est pas suffisant. Un rituel invoquant l'énergie vitale permettra de motiver les modèles ainsi que les participants à des happenings privés.

La première expérience a lieu le 23 février 1960 dans l'atelier de Klein à Montparnasse. Il enduit d'IKB son premier pinceau vivant, sa collaboratrice Rotraut Uecker, qu'il épousera deux ans plus tard. Restany, qui est présent, déclare avec enthousiasme : "Ce sont les anthropométries de la période bleue." Ce mot restera pour désigner les oeuvres réalisées par cette technique.

L'artiste persévère. Le 27 février, au même endroit, un photographe est invité à effectuer un reportage. Réalisée ce jour-là par Elena, une jeune femme qui avait travaillé au pair pour Arman, l'oeuvre cataloguée sous la référence ANT 132 est visible au mur sur plusieurs photos.

ANT 132 est composée de deux empreintes bien séparées, décalées pour apporter une illusion d'envol. Cet IKB sur papier tendu sur toile 150 x 96 cm est estimé £ 6M à vendre par Sotheby's à Londres le 11 février, lot 21.

Pour réaliser les Anthropométries, seuls le tronc et les cuisses sont enduits. Yves Klein y voit l'expression d'une force primordiale libérée de la pensée. En 1962 il peindra en IKB des modèles en plâtre de la Victoire de Samothrace et d'une Vénus décapitée.