16 janv. 2020

Les Femmes de la Génération Perdue

Tamara de Lempicka organise sa carrière avec l'habileté d'une femme d'affaires. Pour que son style de portrait devienne facilement reconnaissable, elle conçoit une synthèse entre les traits précis des Maniéristes italiens et les longs corps dénudés d'Ingres. La forme et la couleur doivent rester simples et naturels, à l'opposé de l'impressionnisme. Pour l'ambiance du fond, elle s'inspire du cubisme de Lhote.

Après les premiers succès, elle gagne son autonomie. En 1928 elle achète un appartement à Paris. Après l'avoir fait aménager dans le style moderniste par Mallet-Stevens, elle l'utilise comme atelier, salle d'exposition et salon mondain. Elle n'a plus besoin de son mari. En divorçant, elle apparaît comme une femme libérée qui influe sur le style de vie.

Les jeunes hommes ont été décimés par la guerre et les survivants ont perdu leurs repères. Ils constituent la "génération perdue". Les relations sociales se transforment à l'avantage des femmes les plus entreprenantes pour lesquelles Greta Garbo devient la référence.

La crise financière de 1929 accentue ces bouleversements. Les aristocrates excentriques qui avaient constitué sa première clientèle sont ruinés. Les nouveaux riches cherchent des signes ostentatoires de la pérennité de leur pouvoir. Ils achètent des voitures de luxe et épousent les plus jolies femmes. Lempicka peint les portraits de ces jeunes dames, avec une intimité favorisée par sa bisexualité. Son seul concurrent à Paris est Van Dongen.

Les portraits de femmes peints à cette époque par Lempicka montrent une attitude dominatrice et inaccessible, avec un regard dans l'ombre et un petit sourire narquois. Les drapés sont d'une grande variété, sans forcément s'appuyer sur la mode du moment.

Cette phase cesse en 1934 quand elle épouse un riche baron Hongrois. Elle n'a plus besoin de ses clients et ses thèmes deviennent plus allégoriques sans toutefois changer de style.

Peint en 1932, le portrait de Marjorie Ferry est une huile sur toile 100 x 65 cm. Marjorie est une chanteuse de cabaret anglaise qui a épousé un riche financier. Le mari est le commanditaire de l'oeuvre, qui a été gardée dans la descendance jusqu'en 1995.

La jolie blonde est nue au-dessus de la ceinture, et enveloppée d'une ample draperie satinée qui la fait comparer à une déesse antique. Le dos bien éclairé est sensuel et le regard tourné vers le spectateur est un peu insolent. Elle est debout derrière un banc de bois qui peut être un accessoire de théâtre et le fond Hollywoodien est constitué de colonnes grecques. Elle baisse la tête pour rester dans le cadre, comme le flamant rose d'Audubon.

Cette peinture a été vendue pour $ 4,9M incluant premium par Sotheby's le 5 mai 2009. Elle est estimée £ 8M à vendre par Christie's à Londres le 5 février, lot 8.