24 avr. 2020

Le Buste d'Antinoüs

VENTE PASSEE

Avec Trajan, l'Empire Romain atteint sa plus grande extension territoriale. En consolidant les fragiles frontières, Hadrien prolonge la pax romana pour un demi-siècle. Il n'y avait pas de chroniqueur sous son règne mais ses voyages ont été raisonnablement reconstitués.

Autour de la Méditerranée, Hadrien se montre passionnément Philhellène, ce qui est politiquement habile puisqu'il faut éviter les sempiternelles rivalités entre les villes grecques. Il est à Athènes en 129 CE et en Egypte en 130.

Un Bithynien âgé d'environ 20 ans, dont la beauté physique correspondait au canon de Dionysos, faisait partie de la suite de l'empereur. Sa biographie ne contient aucun élément vérifiable : en fait il fut plus utile mort que vivant. Sa noyade dans le Nil remémore la légende épique d'Osiris. Il s'appelait Antinoüs. L'empereur le divinise par décret impérial et multiplie les honneurs posthumes.

L'empereur est puissant et les courtisans sont nombreux. L'iconographie d'Antinoüs-Dionysos-Osiris prend une ampleur sans précédent, qui cessera d'être utile à la mort d'Hadrien en 138 CE.

Un buste en marbre plus grand que nature, 84 cm en incluant le socle, est découvert au XIXème siècle à Banias, sur le plateau du Golan. Il a été inscrit en grec par le dédicataire, d'une famille patricienne romaine : "de M. Lucius Flaccus au dieu Antinoüs". Une telle signature est unique dans l'iconographie d'Antinoüs.

En 133 et 134 Hadrien avait mené une guerre très meurtrière en Judée, soulevée par Bar Kokhba. Banias, romanisée sous le nom de Caesarea Philippi, avait une longue tradition païenne qui justifiait un support ostensible à l'empereur.

Le buste est incomplet : les bras manquent, une épaule est détachée et le nez est cassé. Malgré cet état, il a été vendu pour $ 24M incluant premium par Sotheby's le 7 décembre 2010 sur une estimation basse de $ 2M, lot 9.