20 mai 2020

Bridle Path par Hopper

VENTE PASSEE

Edward Hopper était un misanthrope qui exprimait dans son art ce que les mots ne pouvaient pas dire. Il fut pourtant un fin observateur de la société de son temps, dont il n'approuvait pas forcément les évolutions : il préférait le monde factice du théâtre. Il cherchait son inspiration autour de lui, à New York City et sur la route qui menait à sa résidence estivale de Cape Cod.

Ses personnages s'ennuient dans leur solitude psychologique, même quand ils sont en groupe. Leur attitude est statique, souvent sans aucun mouvement. Bridle Path, huile sur toile 59 x 107 cm peinte en 1939, est une exception, et aussi un très rare exemple de surréalisme à cette époque dans son oeuvre.

La scène montre trois cavaliers en pleine action, sur un large chemin qui mène tout droit à un tunnel. Le lieu est reconnaissable : on voit à l'arrière-plan le Dakota building, reconnaissable à son incongrue architecture néo-Renaissance à la limite de Central Park.

L'artiste joue sur une confusion entre bridle (la bride) et bridal (relatif à la mariée). Les trois cavaliers ne sont pas au même niveau. L'homme et une des femmes sont presque dans l'entrée du souterrain, en quelque sorte un trou de l'enfer. L'homme, très certainement un autoportrait, réagit face au danger imminent en tirant sur la bride, ce qui fait cabrer son beau cheval blanc.

Pour une fois, les carnets de Jo Hopper n'aident pas à décoder bien qu'elle indique son enthousiasme pour cette oeuvre. Le thème du danger du mariage était peut-être encore sensible pour ce couple hors de toutes les normes. Le galop des deux femmes vers l'enfer et la tentative ultime de l'homme pour y échapper sont sans doute aussi une référence aux évènements internationaux anxiogènes, en avril 1939.

Bridle Path a été vendue pour $ 10,4M incluant premium par Sotheby's le 17 mai 2012 sur une estimation basse de $ 5M, lot 10.