13 juin 2020

Eternelle Modernité d'Eschyle

Francis Bacon a longtemps cherché sa voie pour illustrer les faiblesses humaines et la souffrance. L'influence majeure de son art est l'Orestie d'Eschyle. Quand il découvre cette trilogie, il cesse de détruire ses propres productions. Ce n'est certainement pas un hasard si son oeuvre séminale, réalisée en 1944 à l'âge de 35 ans, est un triptyque.

Cette peinture est intitulée Three Studies for Figures at the Base of a Crucifixion. Par défi envers le christianisme, il ne montre pas la Passion mais des images des Furies qui poursuivent éternellement de leur vengeance le coupable Oreste.

En 1962 Bacon conçoit un nouveau format pour ses oeuvres achevées : le triptyque d'huiles sur toile de dimension 198 x 148 cm pour chaque élément. Il en réalisera 28. Eschyle continue à le hanter. Un triptyque peint en 1976 montrant sur le panneau central Prométhée dévoré par l'aigle en présence des Furies a été vendu pour $ 86M incluant premium par Sotheby's le 14 mai 2008.

Le 29 juin à New York, Sotheby's vend Triptych inspired by the Oresteia of Aeschylus, peint en 1981, lot 105 estimé $ 60M. Je vous invite à regarder la vidéo First Look partagée par la maison de ventes.

Contrairement au Prométhée de l'exemple ci-dessus, l'artiste évite tout aspect narratif dans son Oresteia pour mieux se concentrer sur les sensations. La figure principale de chacun des trois éléments est constituée de fragments de nudités contorsionnées. Homosexuel, sado-masochiste et athée, Francis Bacon clame sa différence en prenant Eschyle comme référence d'interprétation des passions humaines et de l'impossibilité d'échapper aux Furies du destin.