23 juin 2020

Il n'y a plus rien à gagner

Le succès de Warhol était un modèle pour Basquiat. Andy accepte d'aider son jeune collègue et ils créent des peintures à quatre mains en 1984 et 1985. L'échec d'une exposition de ces oeuvres sépare durablement les deux artistes.

Basquiat va mal. Les effets de la drogue sont déjà visibles en 1985 par des taches sombres sur son visage. Sa notoriété est un facteur aggravant. L'ancien artiste des rues ne sait pas quoi faire de son argent. Comme Rothko au plus haut de sa gloire, il observe que ses admirateurs ont cessé de décoder ses messages. Par réaction Jim Crow, peint en 1986, est une protestation sans ambiguïté contre l'esclavage.

La mort soudaine de Warhol en février 1987 a un effet catastrophique sur Basquiat. Le jeune homme comprend dorénavant que l'expression de sa révolte sociale par son art ne servira jamais à rien.

En 1981 ses thèmes avaient été dynamiques et truculents avec un sympathique enchevêtrement de couleurs vives. En 1986 il remplace le street art des adolescents par un street art de hobos, pour lequel il s'inspire d'un manuel de sémiotique, le Symbol Sourcebook par Henry Dreyfuss. Les hobos (homeless boys) sont les ouvriers journaliers itinérants, qui communiquent entre eux en dessinant sur les murs les symboles identifiant les dangers.

Victor 25448, acrylique, oilstick, cire et crayon sur papier tendu sur toile 183 x 333 cm, a été vendu pour $ 3,5M incluant premium par Christie's le 13 mai 2008 et est estimé $ 8M à vendre par Phillips à New York le 2 juillet, lot 10.

Cette oeuvre désespérée a été réalisée en 1987. Le personnage est défiguré, éborgné et écartelé, dans un monde sans espoir marqué à trois endroits du tag IDEAL sur des objets publicitaires qui symbolisent l'oppression capitaliste.

Dans le coin en bas à gauche, Basquiat a regroupé plusieurs des symboles hobos collectés par Dreyfuss avec leur signification. On trouve par exemple le très décourageant "Nothing to be gained here", que Basquiat a aussi utilisé la même année dans Riddle Me This Batman, et "A beating awaits you here".

Basquiat ne pouvait pas se passer de musique et il possédait 3000 disques. 25448 est la référence dans le catalogue de l'éditeur Victor d'une chanson enregistrée en 1936 par Al Bowlly.