17 juin 2020

La Gloire Posthume de Sanyu

Les années 1950 sont très difficiles pour Sanyu. Revenu à Paris en 1950, il vit avec de petits travaux : peinture de meubles, charpenterie, promotion du ping pong. Il ne perd pas de vue qu'il est avant tout un artiste. Il n'a plus de client mais il sent en lui une nouvelle maturité. L'érotisme succède à l'innocence. Il est très isolé et ses oeuvres de cette période sont généralement impossibles à dater avec précision.

Sanyu meurt d'une intoxication au gaz en août 1966. Il n'a pas d'héritier et son atelier est dispersé le mois suivant aux enchères à l'Hôtel Drouot. Fort heureusement, un habitué de cette salle des ventes nommé Yves Bideau a le bon coup d'oeil : il achète plusieurs lots importants. Cet évènement marque le début de la renommée posthume de cet artiste qui a introduit la sensibilité chinoise dans l'art occidental.

Bideau a acheté notamment Léopard rose, Cinq nus et l'ultime Nu daté 4.1965. Les résultats récents incluant premium enregistrés sur ces oeuvres ont été respectivement HK$ 49M par Sotheby's le 31 mars 2018, HK$ 304M par Christie's le 23 novembre 2019 et HK$ 198M par Sotheby's le 5 octobre 2019.

Le 8 juillet à Hong Kong, Sotheby's vend au lot 1024 Quatre Nus, huile sur isorel 100 x 122 cm achetée à l'origine par Bideau à la même vente.

Les quatre femmes sont allongées côte à côte sur un fond vert émeraude qui évoque une sieste tranquille sur l'herbe par une chaude journée d'été. Deux d'entre elles bavardent, rompant avec l'habituelle inactivité des femmes de Sanyu.

Par comparaison avec les femmes debout des Cinq Nus évoqué ci-dessus, la couleur de la peau est chaude. La même volonté de montrer la diversité des couleurs de cheveux des femmes d'Europe indique que ces deux oeuvres ont été conçues pour une même série. Les yeux sont maladroits : Sanyu ne pouvait pas expliquer de façon convaincante pourquoi tant de ses femmes n'ont qu'un oeil. Ces deux oeuvres sont à rapprocher de la tendance au dévergondage du cinéma dans les années 1950.