18 juin 2020

La Jungle Libérée de Wifredo Lam

Wifredo Lam vit en Espagne de 1923 à 1938. Il se sent proche de la révolte sociale de Goya et participe à la guerre d'Espagne. Entre la défaite des Républicains et la défaite de la France en juin 1940, il est à Paris où il s'approprie l'intense désir de liberté et de poésie des avant-gardes artistiques.  Picasso, qui n'aimait pourtant pas avoir des rivaux, approuve ouvertement le jeune artiste.

Il décide alors de rentrer dans son île natale, Cuba. Il fait escale à Fort-de-France où sa rencontre avec Aimé Césaire renforce son rejet du colonialisme et de l'esclavage.

Le Cubain athée aux ascendances Chinoises, Congolaises et Espagnoles peindra désormais la liberté du Tiers-Monde. Il met en scène son univers surréaliste personnel dans une jungle touffue qu'il peuple avec des dieux à la morphologie étrange. La Jungla, gouache 240 x 230 cm peinte en 1943, dissimule quatre êtres déshumanisés dans un dense réseau de cannes à sucre.

Le 29 juin à New York, Sotheby's vend Omi Obini, huile sur toile 183 x 125 cm peinte également en 1943, lot 1008 estimé $ 8M. Le titre désigne la déesse Yoruba de l'eau chargée de fertiliser la terre. La lisibilité n'est pas immédiate, marquant l'influence du cubisme analytique ou du futurisme.

Dans la jungle colorée, quelques zones plus pâles apparaissent, constituant une forme humanoïde éthérée. La tête est un croissant de lune et on ne saura pas si la figure du premier plan est un animal familier ou une chaise. Deux petits fruits ont chacun une paire d'yeux qui sont des menaces ou des reflets.