15 juin 2020

Les Têtes Pahouines

Pour répondre au besoin de communiquer avec les morts, les sculpteurs du sous-groupe ethnique Fang-Betsi du Gabon ont produit des chefs d'oeuvres. Deux types de figures ont coexisté. Les statuettes en pied avaient un rôle rituel, tandis que les têtes, plus rares, servaient à une dévotion familiale.

Les têtes ont cette caractéristique remarquable d'apporter une individualisation des détails sur une forme générale qui est invariante : le front est large et bombé, les lèvres sont serrées, le menton est minimisé, le cou est un cylindre. Les artistes ont créé un superbe polissage sur des courbes géométriquement parfaites.

Au début du XXème siècle, quand plusieurs de ces têtes Fang, dites Pahouines à cette époque, ont pu être décrites et exposées ensemble, c'est bien l'observation simultanée de leurs similitudes et de leurs différences qui a bouleversé pour toujours l'art moderne européen.

Pour la famille qui conservait la tête, le défunt était identifiable à la fois par les traits du visage et par un attribut. Il est néanmoins impossible pour un observateur moderne de statuer si une tête est masculine ou féminine, malgré la diversité des coiffures.

Une tête Fang-Betsi de 23 cm de haut a été vendue pour $ 3,64M incluant premium par Sotheby's le 11 novembre 2014 sur une estimation basse de $ 600K. Le nez est inhabituellement gros et les yeux sont rapprochés. L'attribut spécifique est un bâton qui traverse les narines.

Le 29 juin à New York, Sotheby's vend une tête Fang-Betsi de 28 cm de haut, lot 116 estimé $ 2,5M. Les grands yeux apportent une expression hypnotisante. L'attribut spécifique est une paire d'ailes posées sur les oreilles et qui débordent largement derrière la nuque.