9 juin 2020

Soulages prêt pour l'Amérique

1957 est une année clé dans la carrière de Pierre Soulages. Les Américains n'aiment pas la narration  intellectuelle qui prévaut dans l'art français, et les monochromes d'Yves Klein ne sont pas encore sortis d'Europe. Ils aiment la simplicité apparente de Soulages.

A New York la Kootz Gallery organise sa quatrième exposition solo de peintures de Soulages. Le MoMA, le musée Guggenheim et Nelson Rockefeller s'intéressent à son travail.  En novembre il fait son premier voyage aux Etats-Unis où il est impressionné par les gratte-ciel et rencontre Motherwell et Rothko. A Paris il s'installe dans un nouvel atelier, plus grand, plus propice au développement de son art.

Le 24 juin à Paris, Sotheby's vend Peinture 130 x 162 cm, 14 avril 1957, lot 7 estimé € 3M. Je vous invite à regarder la vidéo partagée par la maison de ventes.

Cette huile sur toile peinte avant son voyage est cependant déjà sous l'influence de l'expressionnisme abstrait, qu'elle rejoint par l'absence de narration et de perspective mais dont elle se démarque par son harmonie tranquille.

Vue de loin, cette oeuvre structurée en trois registres légèrement montants pourrait être une imitation de l'occupation gestuelle de l'espace par Franz Kline. Il n'en est rien. Les éléments bleus et noirs alignés sur les trois barres ne sont pas de violents coups de brosses mais des empilages soigneux incluant des transparences raffinées. La composition est très aérée, apportant une illusion de musicalité.