18 juil. 2020

La Ville Evaporée

Gerhard Richter redéfinit l'art, en s'appropriant des photos minables dont la signification a une importance pour lui ou plus souvent pour personne. Il devient ainsi un spécialiste des images brouillées de dimension monumentale.

Il ne veut cependant pas perdre toute filiation avec les grands maîtres du passé. Les nuages attirent son attention. Leur forme et leur couleur sont continuellement changeantes et pourtant ils sont parfaitement identifiables. Par les nuages, Richter retrouve Friedrich, Constable et Turner.

Après des essais en dimensions et quantités limitées en 1968 et 1969, l'artiste explore plus systématiquement les nuages en 1970. Pour cette seule année, son catalogue raisonné inclut quinze peintures sur ce thème, avec des effets variés : rose, bleu, vert-bleu, atmosphère, contre-jour, abstrait.

Dans cet ensemble l'opus 266 intitulé Wolken (Fenster) est le plus ambitieux, et le seul à répondre à une des ambitions fondamentales de Richter : simuler un environnement architectural.

Ce quadriptyque d'huiles sur toile de dimension individuelle 200 x 100 cm apparaît comme une baie vitrée qui ouvre sur rien. A son tour, ce rien prend un sens émotionnel en faisant croire au visiteur qu'il voit le ciel au coucher du soleil depuis les étages supérieurs d'un gratte-ciel, évaporant la ville. Cette oeuvre anticipe de près de dix ans les piscines fragmentées de David Hockney et de quatre décennies les panneaux de montagnes enneigées de Cui Ruzhuo.

Wolken (Fenster) a été vendue pour £ 6,2M incluant premium par Christie's le 13 octobre 2014 et est estimée £ 9M à vendre par Sotheby's à Londres le 28 juillet, lot 20.

Parmi les Wolken du même groupe, citons le triptyque rose opus 267 de même dimension d'éléments que le 266, vendu pour $ 5M incluant premium par Christie's le 11 mai 2011, et l'opus 269, 170 x 170 cm, vendu deux fois par Sotheby's, pour $ 5,7M incluant premium le 9 mai 2012 et pour £ 4,1M incluant premium le 10 février 2015.