4 juil. 2020

L'Héritage d'une Orpheline

De nouvelles formes d'art pictural sont développées en Californie autour de 1960 pendant que le pop art naît à New York. Ce n'est pas un hasard si les oeuvres de Warhol et Lichtenstein sont exposées très tôt à Los Angeles. Les innovations de Diebenkorn, Thiebaud et Ruscha ont un effet pérenne.

Ed Ruscha est d'abord influencé par Jasper Johns dont les Targets rigoureusement symétriques ont mis fin à un des grands tabous de la peinture. Par ailleurs Barnett Newman a osé utiliser de larges aplats monochromes délimités par des rectangles parfaits.

Ruscha perçoit l'importance de la typographie pour attirer l'attention du public. Les lettres de l'alphabet prennent pour cette raison les formes les plus variées, dessinées pour un besoin spécifique par des artistes anonymes. Elle peuvent représenter l'élégance dans les images publicitaires, le suspense dans les comics. Ruscha a l'habileté de peindre des mots complets et non des alignements de lettres mais leur signification n'a plus aucune importance.

En 1962 il récupère la typographie la plus récente du titre des pages de Little Orphan Annie. Les lettres sont très reconnaissables : elles sont épaisses et jointives avec des bords noirs ondulants et des orifices minimisés, sans oublier le point ovale oblique sur le i.

Son utilisation du mot ANNIE agrandit sans modification la typographie de la bande dessinée. Le mot peint en rouge vif, désormais isolé de son contexte, est placé comme un titre dans un rectangle de fond doré, séparé par une étroite bande blanche d'un rectangle entièrement vide de même dimension avec un fond bleu.

Une telle rigueur géométrique est l'antithèse de Rothko : un art nouveau est en train de naître. Plus tard les sources éventuelles des typographies utilisées par Ruscha ne seront plus directement identifiables.

Cette ANNIE, huile et graphite sur toile 181 x 170 cm, est estimée $ 20M à vendre par Christie's à New York le 10 juillet, lot 68.