14 sept. 2020

Danaïde par Brancusi

VENTE PASSEE

Chaque tête humaine est différente des autres. Constantin Brancusi va à l'encontre de la tradition réaliste du portrait sculpté : il cherche les caractéristiques essentielles pour les simplifier à l'extrême. Tant que le modèle prend plaisir à se reconnaître, on peut considérer que l'oeuvre est réussie. Il est trop en avance sur son temps : les critiques d'art et le public ne suivent pas.

La baronne Frachon est son modèle de 1908 à 1910. Brancusi rencontre ensuite Margit Pogany, une étudiante hongroise reconnaissable à sa tête ronde, ses yeux globuleux, ses épais sourcils et son chignon austère. Il l'invite à venir voir ses oeuvres récentes dans son atelier à Montparnasse. Elle reconnaît son propre regard dans un visage qui n'était pas le sien.

Pogany accepte de poser pour l'artiste en décembre 1910 et janvier 1911. Brancusi observe sa visiteuse puis détruit ses propres esquisses en argile : un portrait pris sur le vif ne l'intéresse pas. Pogany quitte Paris peu après. 

L'artiste commence en parallèle deux séries de têtes, qui viennent s'ajouter aux Muses inspirées par Frachon. L'une d'elles, avec les yeux bombés, est intitulée Mlle Pogany. L'autre, intitulée Danaïde, montre une arcature des yeux qui rappelle la géométrie parfaite des meilleurs masques africains. ll réalisera pendant plusieurs décennies des variantes de ce catalogue de têtes. Danaïde, qui est une référence aux cinquante filles de Danaos, est une incitation à créer des multiples.

Le 7 mai 2002, Christie's a vendu une Danaïde pour $ 18M incluant premium sur une estimation basse de $ 8M, lot 27. Ce bronze de 28 cm de haut a été conçu en 1913, fondu par Valsuani avec une patine brun foncé, et le visage a été doré à la feuille. Six autres bronzes sont connus, dont un seul a été doré.