25 sept. 2020

La Grande Vague par Hokusai

VENTES PASSEES

Hokusai divisait sa propre carrière par périodes. Il considérait que son art devait s'améliorer de façon continue jusqu'à atteindre un niveau divin à l'âge de 110 ans, qu'il n'atteignit évidemment pas. En 1820 CE, quand l'illustration devient sa principale préoccupation, il est Iitsu. Le nom de la phase suivante, qui commence en 1834, montre son enthousiasme : il est Gakyo Rojin Manji, le vieillard fou de dessin.

Commencée en 1831 à l'âge de 71 ans, la série d'estampes 26 x 38 cm intitulée 36 vues du Mont Fuji est son oeuvre la plus ambitieuse, qui inclura non pas 36 planches mais 46. La montagne sacrée est montrée sur toutes ses faces, à toute heure, par tous les temps, en toutes saisons, avec une interprétation de la perspective qui est nouvelle dans l'art japonais. Elle occupe une section plus ou moins grande sur l'horizon et est presque toujours confrontée à une occupation humaine. Cette série ne doit pas être confondue avec la suite, les 100 vues du Mont Fuji, préparées de 1834 à 1840.

La gravure sur bois était effectuée par un artisan spécialisé qui ciselait le bois au travers du dessin. Le dessin d'origine était perdu et les épreuves s'affaiblissaient de façon irrémédiable au fur et à mesure de la production. Les catalogueurs des maisons de vente ne parviennent manifestement pas à détecter les plus fines impressions.

Les trois premiers opus de la première série sont des chefs d'oeuvre, par l'équilibre de la composition basée sur une géométrie stricte, la beauté du bleu de Prusse récemment importé au Japon, et la dimension émotionnelle.

Le tout premier est la Grande Vague au large de Kanagawa. Une vague gigantesque enserre des barques de pêcheurs tout en rejetant l'écume et l'embrun sur toute la surface de l'image. Elle a la forme d'une double virgule simulant le yin et le yang, dans le fond de laquelle le mont Fuji est posé comme une divinité impassible à la perdition des hommes. Cette vague est un monstre naturel qui inspira probablement la Nuit étoilée de van Gogh.

Un exemplaire de la Grande Vague a été vendu pour $ 1,1M incluant premium par Christie's le 22 septembre 2020 sur une estimation basse de $ 150K, lot 117.

Un exemplaire du second opus, le Fuji Rouge, a été vendu pour $ 510K incluant premium par Christie's le 19 mars 2019 sur une estimation basse de $ 90K, lot 235. Sa géométrie simple et efficace anticipe la Montagne Sainte-Victoire par Cézanne.