28 sept. 2020

La Peinture Automatique

Jackson Pollock passe sa jeunesse dans l'Ouest Américain. Sa créativité exacerbée ne retient rien de la peinture conventionnelle. Bien au contraire, il trouve ses influences avec les figures de sable des Navajos, les peintures murales mexicaines et l'écriture automatique des poètes surréalistes français.

Arrivé à New York en 1930 à l'âge de 18 ans, il est attentif à toutes les originalités. Il assiste à une démonstration d'utilisation de peinture liquide par Siqueiros et voit les réseaux de Janet Sobel couvrant toute la surface de l'image sans interruption au cadre.

Peggy Guggenheim ouvre en 1942 à New York sa galerie judicieusement nommée Art of this Century. Elle est vivement intéressée par la synthèse d'influences disparates pratiquée par Pollock. Dans la grande ville, l'artiste ne peut pas résoudre ses problèmes sociaux. Son installation avec sa femme Lee Krasner dans une grange au fin fond de Long Island à la fin de 1945 lui permet enfin de développer son propre langage artistique.

Il améliore sa technique tout au long de 1946, et abandonne sa figuration stylisée. Voulant travailler sur une surface dure, il utilise l'isorel. Il commence à poser le pigment en impasto directement en sortie du tube et renonce progressivement au pinceau. Par commodité, il pose la surface à peindre directement sur le sol. 

L'utilisation de peinture liquide aspergée ou coulante est rendue possible par cette position du support. Sa main acquiert une liberté sans précédent. L'art de Pollock traduit son énergie subconsciente, tout comme la calligraphie chinoise est une transcription directe des émotions de l'artiste. Masson est cité avec Miro parmi les influences surréalistes de Pollock, mais on notera que les dessins automatiques de Michaux étaient influencés par la calligraphie chinoise.

La toute première oeuvre utilisant le dripping est peinte à la fin de 1946. La surface est rouge vif et les apports sont noir et blanc. Intitulée Free form, cette huile sur toile 49 x 36 cm est conservée au MoMA.

L'étape suivante est la diversification des couleurs. Une huile sur isorel 48 x 60 cm datée 1946 est peinte en jaune vif, bleu vif et noir par dripping et éclaboussures sur un fond du même rouge. Elle est estimée entre $ 12M et 18M à vendre par Christie's à New York le 6 octobre, lot 5. Son premier propriétaire avait été Peggy Guggenheim. Elle est dé-accessionnée par l'Everson Art Museum à Syracuse NY pour recentrer sa collection sur la lutte contre les inégalités raciales et sexuelles.

Les danses musicalistes de Pollock autour d'oeuvres de grande dimension viendront peu après.