26 sept. 2020

Petit Déjeuner aux Lauves

Paul Cézanne, comme les vieux maîtres hollandais, utilise la nature morte pour exprimer la lumière. Son atelier des Lauves, aménagé en 1902, est bien éclairé par la lumière du matin. Les objets hétéroclites attendent sur une étagère le rôle que le maître voudra bien leur donner. Il ne peut pas travailler par imagination ou par construction spontanée : il choisit à l'avance les éléments de son prochain assemblage et détermine la distance et la perspective.

Il est un perfectionniste de la projection géométrique. Le papier est plat mais les fruits sont des volumes que la lumière atteint par leur milieu. Les ustensiles du petit déjeuner, comme la théière ou le sucrier, sont également convexes.

L'oeuvre commence par un dessin des contours sur une feuille de papier. Chaque surface est remplie par les couleurs qui traduisent les zones d'éclairement sans se chevaucher. Cette phase devrait être intermédiaire mais Cézanne n'est jamais satisfait : le produit fini, qui est l'huile sur toile, devient très rare. Ses rares visiteurs, comme Emile Bernard, sont décontenancés par la complexité et la lenteur de son processus créatif. Sa réinterprétation de la nature est tellement novatrice qu'il a créé l'art moderne.

Le 6 octobre à New York, Christie's vend au lot 13 une nature morte à l'aquarelle et gouache réalisée dans le plus grand format de papier utilisé par l'artiste, 48 x 62 cm. Le point focal est le melon vert, par sa couleur vive et sa position centrale sur l'image. Il est pourtant posé de l'autre côté de la table, partiellement caché par le pot à lait et le sucrier. Le communiqué de presse du 26 août annonce une estimation autour de $ 25M.

Une aquarelle 32 x 48 cm de la même période a été vendue pour $ 25,5M incluant premium par Sotheby's le 8 mai 2007 sur une estimation basse de $ 14M. Cette nature morte en gros plan est focalisée dans des conditions similaires sur un melon vert derrière un gobelet.