23 oct. 2020

La Vérité sur Ariane

La mythologie grecque est une poésie énigmatique. Le mythe d'Ariane, mêlant vie et mort, passé et présent, vérité et rêve, a inspiré Nietzsche. Petite-fille de Zeus, elle est une princesse mortelle et la demi-soeur du Minotaure. Elle meurt quand Thésée l'abandonne, mais les récits antiques sont contradictoires. Elle est le complément ou l'antithèse de Dionysos qui l'a peut-être épousée. Allégorie de la végétation, elle renaîtra au printemps.

En 1910 Giorgio de Chirico conçoit que la peinture peut montrer l'indiscernable et la révélation. En 1912 et 1913, il consacre huit oeuvres à l'ultime sommeil d'Ariane à Naxos, quand elle ne sait pas encore que Thésée a fui.

La piazza est immense et déserte. Ariane est un gisant de marbre symbolisant la solitude, mais la position des bras évoque le sommeil et la vie. La fin d'après-midi apporte la menace mystérieuse des ombres. La piazza est fermée par une tombe antique en briques mais des symboles personnels de l'artiste, le train et le bateau, sont encore au-delà.

Il Pomeriggio di Arianna, peinte en 1913, est la culmination onirique de la série. Ariane est presque androgyne. La tour de briques, vertigineuse comme un gratte-ciel, est flanquée d'une colonne brisée de hauteur similaire. Cette huile sur toile 135 x 65 cm est estimée $ 10M à vendre par Sotheby's à New York le 28 octobre, lot 115.

De Chirico a apporté une dimension métaphysique au symbolisme. Sa série d'Ariane anticipe le surréalisme dans le fond, par le recours au psychisme, et dans la forme, par les éléments volontairement contradictoires. Spécialement dans Il Pomeriggio, la perspective inversée de la stèle rappelle le raccourcissement du Christ Mort de Mantegna.