18 oct. 2020

Le Baiser par Brancusi

VENTE PASSEE

En 1907 la domination du classicisme et du Louvre sur les arts fait face à l'influence des cultures exotiques et archaïques. Picasso termine Les Demoiselles d'Avignon sans toutefois oser l'exposer, et Matisse peint le Nu Bleu influencé par Biskra.

Brancusi a 31 ans. Il entre dans l'atelier de Rodin, qu'il quitte au bout d'un mois en disant : "Il ne pousse rien à l'ombre des grands arbres". Il prépare Le Baiser, qui est une antithèse totale de Rodin.

Face au plâtre que les sculpteurs transféraient en marbre et en bronze, Brancusi opte pour la taille directe de la pierre. La surface rugueuse s'oppose au classique polissage qui voulait évoquer la texture veloutée de la peau. La géométrie simplifiée des formes remplace le réalisme des corps. La même année, Derain a une approche similaire avec son Homme accroupi sculpté dans un bloc de calcaire, mais il ne persévérera pas.

Le Baiser est la première oeuvre de Brancusi qui accorde un rôle majeur à la matière brute. Elle a été précédée par les sculptures Polynésiennes de Gauguin, mais elle anticipe l'intuition fulgurante de Malevitch pour qui une oeuvre peinte n'est plus que des pigments appliqués sur une toile.

La simplification du Baiser est une grande réussite. Le cube évoque le bloc de pierre d'origine. Les deux personnages face à face sont peu différenciés mais personne ne doute qu'il s'agit de l'étreinte d'un homme et d'une femme. Les têtes sont si proches l'une de l'autre que le spectateur reconstruit dans la conjonction de leurs profils un visage complet avec un oeil cyclopéen, anticipant les perspectives duales de la peinture cubiste.

Pendant sa longue carrière, Brancusi a réalisé environ 40 variantes du Baiser. Une des toutes premières, 32,4 cm de haut sculptée dans le calcaire vers 1908, a été vendue pour $ 9M incluant premium par Sotheby's le 4 novembre 2004, lot 8.