11 oct. 2020

Pablo dans l'Arène

Picasso a tout dit et tout fait. Dans sa carrière qui dura trois quarts de siècle, il fut le plus prolifique des artistes. Pourtant, sa vie privée est une longue suite de secrets. On ne saura jamais pourquoi en 1901 il a plongé tout d'un coup dans la période bleue, ni pourquoi Guernica a dérivé sur la torture morale de Dora Maar personnalisant la guerre.

Sa rencontre avec Marie-Thérèse en 1927 est un triomphe pour sa virilité. Il choisit une jeune femme par référence à un canon de beauté qui fera concurrence aux odalisques de Matisse, il lui demande de le suivre et elle se donne à lui de façon durable. Il est tellement fier qu'il se représente en une brute sexuelle, le Minotaure, dès le début des années 1930.

Comment a-t-il fait pour ne pas organiser ni même prévoir la suite ? Marie-Thérèse est enceinte et Olga le quitte. Au début de 1935 il est tellement décontenancé qu'il cesse de travailler.

Son redémarrage a lieu en juillet 1935, en pratiquant la gravure sur cuivre avec Roger Lacourière. Il doit se concentrer pour maîtriser cette technique, pour laquelle il conçoit une image qui synthétise ses interrogations sur les trois âges de la vie et sur la mort. Le monstre vient d'entrer dans l'arène, mais la petite fille avec la tête de Marie-Thérèse l'exorcise avec le plus grand calme en brandissant une bougie et apportant un bouquet.

L'état final de la Minotauromachie est le septième, en format 50 x 69 cm sur feuille 57 x 77 cm. Il est imprimé par Lacourière en 50 exemplaires plus environ 25 épreuves d'artistes non numérotés dont Picasso n'osera jamais se séparer, probablement parce que pour une fois il avait dévoilé ses sentiments les plus intimes.

Un exemplaire à pleines marges qui avait fait partie de sa succession a été vendu pour $ 2,1M incluant premium sur une estimation basse de $ 1M par Christie's le 16 novembre 2016, lot 42 B, et est estimé $ 1,2M à vendre par Sotheby's à New York le 22 octobre, lot 33.