1 déc. 2020

Abstraction à Manhattan

En mai et juin 1951, la Ninth Street Exhibition est un évènement marquant de la vie artistique à Manhattan. Organisée par Leo Castelli avec le support de Franz Kline, elle rassemble les oeuvres de 74 artistes. Au côté de Hans Hofmann, Willem de Kooning et Jackson Pollock, les plus jeunes forment déjà la seconde génération de l'expressionnisme abstrait.

Cette exposition révèle Joan Mitchell, âgée de 26 ans. Arrivée de Chicago l'année précédente, elle a vite intégré les cercles artistiques de New York. Dans cette première phase, l'énergie est dominante par rapport à la couleur. Ses surfaces sont parsemées de petites figures abstraites qui apportent des points d'ancrage et un rythme, assez similaires aux compositions de de Kooning à cette époque, inspirées par les plus anciennes abstractions de Mondrian, et anticipant Twombly et Ryman.

Joan a besoin d'être seule dans son atelier pour transférer ses impressions sur la toile. Elle a une très bonne forme physique et n'a pas peur de travailler sur des grands formats. Son art exprime son interprétation de son environnement sans recours à la figuration, modernisant le précepte de Cézanne selon lequel la nature ne peut pas être copiée.

Le 7 décembre à New York, Phillips vend une huile sur toile 205 x 176 cm peinte par Joan Mitchell vers 1953, exprimant sa vision de Manhattan dans un style qui est déjà prémonitoire des grandes phases de sa carrière. Elle est estimée $ 10M, lot 24.

En 1955 et 1956 Joan passe l'été en France. Elle y découvre que les vives couleurs de la campagne constitueront la meilleure source pour son inspiration, avec des variations illimitées. Plus tard à Paris, elle exprimera une violence centrifuge, avant son grand retour à la nature à Vétheuil en 1968.