16 mars 2021

Convergences

Le paysage devrait être l'expression la plus authentique de la nature. Au XXème siècle, le thème devient de plus en plus lassant, en grande partie par la surabondance des photographies. Dans sa volonté permanente d'agir à contre-courant, David Hockney veut réhabiliter le paysage.

Il a une révélation dans un tunnel routier en 1985. Le point lumineux qu'il voit au-delà de l'obscurité grossit au fur et à mesure que la voiture avance. La photographie ment doublement, parce qu'elle montre le paysage depuis un point de vue immobile et parce que l'objectif apporte des distorsions. Pour peindre un paysage, il va d'abord falloir abolir la perspective. Les anciens maîtres chinois l'avaient compris : leurs rouleaux à main sont des travellings.

La division d'une image par sections avait été rendue nécessaire par le petit format individuel des épreuves en paper pulps, une technique testée par l'artiste en 1978. Il applique ce principe à la peinture, avec les vues panoramiques du Grand Canyon en 1998 et le sous-bois dans le Yorkshire en 2006. En 2007 Bigger Trees near Warter, également dans le Yorkshire, mesure 460 x 1220 cm hors tout en 50 panneaux qui annihilent la distorsion. 

Le vieil artiste aime l'expérimentation, qu'il identifie par le sous-titre Useful Knowledge. La perspective peut être vaincue si sa déformation n'est pas exagérée. Il redécouvre à la National Gallery une avenue d'arbres peinte par Hobbema en 1689, construite sur deux points de fuite, la route et la cime des arbres, pour attirer le regard vers le ciel et agrandir l'espace. Van Gogh avait commenté cet effet sur cette peinture.

Tall Dutch Trees after Hobbema (Useful Knowledge) est une peinture à l'huile faite en 2017 dans un assemblage de six toiles de formes irrégulières pour une dimension totale de 165 x 370 cm. La route a été supprimée par détourage, accentuant l'impression de symétrie autour de la double perspective. Cette oeuvre est estimée £ 6,5M à vendre par Sotheby's à Londres le 25 mars, lot 117.